Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

Dialogue (Philippe LABBE, 16 novembre 2015)

16 Novembre 2015, 17:17pm

Publié par mission

Ce jour, une amie directrice de Mission locale m’a adressé un courriel, résumant une discussion d’équipe à la suite des évènements parisiens : « Longs moments d’échanges en équipe sur les jeunes qui s’éloignent des valeurs républicaines… »

Je lui ai répondu : « Ne serait-ce pas la République qui s’est éloignée des jeunes, qui n’a pas su leur parler, qui les a délaissés et n’a pas permis que les corps intermédiaires, tous ces pioupious du travail social, de l’éducation populaire, etc. disposent des moyens d’agir ? La gérontocratie, l’oligarchie, la démocratie monarchique, les carrières politiciennes ad libitum, la contre-exemplarité sont-elles audibles et crédibles pour les jeunes ? Que signifie l’égalité lorsque 1% des personnes captent 50% des richesses ? Que signifie la fraternité lorsque l’antienne n’a qu’à la bouche les mots de « compétition », de « performance » ? Que signifie la liberté lorsque bouger exige des moyens que l’on n’a pas ? Que signifie la citoyenneté lorsqu’elle n’est convoquée que pour l’abandonner à échéances régulières dans les urnes électorales ? »

Réaliste, sa réponse : « Tu as raison. N’empêche qu’ici et maintenant, il y a une dure réalité à affronter : jeunes qui refusent de serrer la main aux conseillères, jeunes qui veulent se former pour quitter la France, jeune femme dont la mère en niqab vient annoncer au conseiller que ce n’est pas la peine de lui proposer des actions : elle ne quittera pas son voile (intégral) et est destinée à être mère au foyer… »

On est mal partis.

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Montrer la voie pour ne pas monter la voix ! 4/4 (Philippe POURTALET, Septembre 2015)

2 Octobre 2015, 07:33am

Publié par mission

4. La nécessité d’associer la compétence parentale.

 

Pour que ces méthodes produisent leur meilleur effet et répondent au plus près aux besoins de ces enfants différents, il est important, voire indispensable :

 

1) De s’appuyer en parallèle, et avec la même implication pour le professionnel, sur ce qu’est capable de proposer l’enfant même s’il n’en paraît rien de loin. Cela nécessite d’être en éveil constant afin de se saisir de chaque lancement, de chaque opportunité ou piste induits par la personne autiste pour en faire un lieu de rencontre, c.à.d. un lieu de mise à plat des différences où s’exprime, dans une libre adhésion et en toute confiance, ses potentiels émergents. Cette démarche repose sur un état d’esprit qui donne corps et « matière » à ce qui est amorcé, ouvrant le champ des possibles, autorisant toutes les espérances car elle est centrée sur le sujet « objet » de toutes les attentions et permet à la personne de comprendre l’acte qu’elle pose dans son développement.

 

2) D’y associer largement les parents… C’est ce que propose par exemple le programme de Denver (Early Start Denver Model) développé par S. J. Rogers et G. Dawson qui établit un plan d’intervention à court terme (3 mois) en s’adossant sur les compétences émergentes des enfants ainsi que sur les priorités des parents. Ce modèle repose sur un réseau de professionnels où « chacun est invité à faire partie de l’équipe d’intervention et donc à prendre en considération les objectifs » selon l’association Autisme suisse romande qui spécifie : « Les parents jouent un rôle majeur puisqu’ils sont considérés comme étant les membres centraux de l’équipe. »

 

Ce que précise également Mme E. Fulton formatrice certifiée de ce modèle en 2013 :

« L’ESDM encourage les relations en soutenant les familles, s’appuie sur les préférences et les priorités des parents pour guider l’intervention de l’équipe et préparer les parents à une vie de décisions et de soutien. » Cela implique d’après elle que « l’intervention soit pilotée par les relations de la famille avec l’équipe pluridisciplinaire. »

M. Guy Ausloos, psychiatre et psychanalyste exerçant autour de la thérapie familiale, met de son côté en évidence les ressources de la famille et évoque même la terminologie de « famille compétente ».

Pour lui, cela n’implique pas que « la famille sait tout faire » mais qu’elle « possède un savoir-faire, même s’il n’est pas toujours mobilisé et qu’il faut savoir l’exploiter. »

A travers son propos, le maître mot semble la confiance à accorder aux parents mieux placés que quiconque pour comprendre leur enfant et qui, une fois formés, peuvent tout à fait intervenir aux côtés des professionnels dans une synergie complémentaire favorisant la progression de l’enfant.

Le sociologue Bertrand Dubreuil va encore plus loin et évoque quant à lui l’accompagnement nécessaire du projet des parents, « des parents à estimer ». Il renverse même le rapport en parlant de « suppléance des professionnels à la responsabilité éducative des parents » et ceci au regard des besoins spécifiques dus à la situation de handicap :

« S’associer au projet des parents, c’est agir avec les parents, renoncer à son point de vue professionnel sans dissimuler d’éventuelles divergences, même en passant parfois par le conflit », ou encore :

« Il ne s’agit pas d’impliquer les parents dans le projet individuel de leur enfant mais de s’associer au projet éducatif des parents. Le projet élaboré par les professionnels ne peut se construire qu’à partir de ce que les parents ont déjà fait, quelle qu’en soit la qualité, au risque sinon d’invalider les parents dans leur responsabilité éducative et l’expérience de parentalité qu’ils vivent avec leur enfant. »

 

En lisant tous ces propos, on mesure combien associer le savoir-être et les compétences de tous les accompagnants, parents et professionnels réunis dans la poursuite d’un même objectif, permet d’être au plus près des besoins des personnes autistes. Une disposition d’esprit basée sur le respect, le partage et l’écoute des individus concernés et qui fait écho aux besoins en formation et en partage d’expériences des « encadrants » permettant d’éloigner, ou du moins de modérer, dans un même mouvement spectre de la sanction et spectre de l’autisme…

Ce qu’indique encore une fois la HAS dans la rubrique « Formation et soutien des professionnels qui interviennent auprès de l’enfant/adolescent » de son guide :

« L’accompagnement d’un enfant/adolescent avec TED et de ses proches doit être assuré par des équipes formées et soutenues par des professionnels expérimentés…  Les objectifs et le contenu des formations dispensées doivent être adaptés aux missions de chacun. L’effort doit être conduit dès les formations initiales et tout au long de la vie professionnelle... »

 

C’est pourquoi pour conclure, je crois qu’il est important que nous n’attendions plus que les personnes handicapées changent et qu’elles s’adaptent à nos injonctions ou impératifs en s’acclimatant encore et encore à une société de toutes les façons peu préparée à les accueillir… comme si elles ne le faisaient pas assez au quotidien et ce depuis toujours !

Ne demandons donc pas l’impossible à ces personnes et sortons de l’attitude égotique qui consiste à leur en imposer sans cesse plus en ajoutant ainsi parfois à leur handicap les manques manifestes de l’accompagnant qui sanctionne ainsi indirectement, par sa conduite personnelle et ses crispations professionnelles, les personnes différentes…

 

Ce dernier propos est peut-être sévère mais il montre combien il est important que les structures réagissent et que l’Etat leur donne les moyens d’investir auprès de leur personnel dans le secteur de la formation. Il est sévère mais à la hauteur de l’enjeu qui réunit tous les intervenants de la question de l’autisme, et plus largement du handicap, ceci afin de ne plus avoir à entendre en tant que parent d’une petite fille alors âgée à l’époque de 3 ans fréquentant une école « tout ce qu’il y a d’ordinaire » et pourtant soutenue d’une Auxiliaire de Vie Scolaire que : « Votre enfant met en danger la classe ! »

                                                                                 

Références utilisées dans ce texte :

 

Guide de recommandation de bonnes pratiques professionnelles « Autisme et autres troubles envahissants du développement : interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent », Haute Autorité de la santé (HAS) et Agence Nationale de l’Evaluation et de la qualité des établissements et Services sociaux et Médico-sociaux (ANESM) – 2012

DUBREUIL B. – « Avec les parents, quelle démarche partagée auprès de leur enfant ? », les carnets de la Persagotière N° 24-2010, 2010

AUSLOOS G. – « La compétence des familles. Temps, chaos et processus » - Eres - 1995

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Offre : Assistant(e) de coordination de l’Office Régional pour l’Emploi des Jeunes à Diourbel, Sénégal (VSI)

23 Septembre 2015, 08:20am

Publié par mission

Bonjour,

 

A tout hasard et exceptionnellement si cela peut être utile à quelqu'un... :

 

Assistant(e) de coordination de l’Office Régional pour l’Emploi des Jeunes à Diourbel, Sénégal - Coordinationsud.org (23/09/2015)

http://www.coordinationsud.org/annonce/assistante-de-coordination-de-loffice-regional-pour-lemploi-des-jeunes-a-diourbel-senegal/

 

JL

 

 

 

 

 

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Montrer la voie pour ne pas monter la voix ! 3/4 (Philippe POURTALET, Septembre 2015)

21 Septembre 2015, 08:04am

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3. La pratique à l’épreuve des « bonnes pratiques » !

 

Pour revenir au sujet de la sanction et à des exemples « grandeur nature », et donc en milieu professionnel, j’ai pu observer les « parasitages » occasionnés auprès des sujets, enfants et adolescents nés avec autisme lorsque j’ai été amené à effectuer mes stages de fin de formation D.U autisme, bien que la volonté de bien faire des adultes ait été chaque fois présente.

Ainsi, au cours d’une semaine passée au sein d’une structure spécialisée dans l’accueil d’enfants et d’adolescents nés avec autisme, j’ai pu mesurer combien ces enfants avaient besoin d’un cadre organisationnel sans faille et de l’empathie la plus « élaborée » qui soit pour éviter l’apparition des troubles du comportement. J’ai ainsi vérifié ce que le docteur en psychologie Eric Willaye, spécialiste des comportements défis, énonce en changeant de perspective :

« La grande majorité de ces comportements intervient lorsque l’environnement n’est pas assez structuré et bienveillant et insuffisamment construit autour des besoins, des envies et centres d’intérêt des personnes concernées. (cf cours D.U Autisme 2014 – « les comportements-défis » - Faculté Le Mirail - Toulouse).

 

J’en veux pour preuve Thibault, jeune autiste verbal de 11 ans, avec lequel je conversais tranquillement dans la cour de la structure d’accueil. Au bout de quelques phrases, le jeune homme « perd le fil » et rentre dans une « logorrhée  verbale » non maîtrisée. De fait, son éducatrice passant à côté de nous s’en aperçoit et souhaite l’interrompre sur le champ en lui demandant de rentrer dans la salle de classe tout à côté.

Ce que Thibault refuse en premier lieu puis effectue visiblement à contrecœur. Cela est plus compliqué encore lorsque l’éducatrice lui demande de retirer son manteau alors que la venue du taxi le ramenant à son domicile s’opère à peine cinq  minutes après. Thibault refuse net et rentre alors dans une attitude ouvertement butée. Sur le moment, la demande de la professionnelle m’apparaît exorbitante au vu de l’état d’excitation dans lequel se trouve le jeune homme. De fait, il se saisit violemment du bras d’une autre enfant passant à côté de lui et qui pousse immédiatement des hurlements ! Je prends alors l’initiative de sortir cette enfant de la classe et une fois à l’extérieur les cris de la jeune fille ont pour effet qu’un troisième enfant pousse lui-même des cris très forts !

 

Hors cet exemple « parlant », de multiples petits événements ou situations peuvent être quotidiennement caution ou « antécédents » de ce type de trouble que les professionnels tentent de réguler en fonction de leur personnalité, de leur expérience et de leur niveau de connaissance concernant l’autisme.

Mais comment faire autrement quand on est un jeune enfant, adolescent ou adulte mal compris ?

Et surtout comment faire face à ce que l’on peut considérer comme étant un évènement « imprévisible », source inévitable de tensions, pour le rendre soutenable et ne pas se trouver ainsi déstabilisé lorsque l’on est personnel encadrant ?

 

C’est ce que met en exergue la H.A.S (Haute Autorité de la Santé) qui, dans son guide des bonnes pratiques datant de Mars 2012, détaille notamment les « méthodes d’intervention précoce à référence comportementale ou développementale » en direction des personnes autistes.

Elle met ainsi en avant les prises en charge dites « globales et personnalisées » puisqu’elles cherchent à « répondre aux besoins multidimensionnels de la personne » et « spécifiques » car « centrées sur un symptôme, une activité ou un secteur très ciblé (imitation, interactions sociales, comportements problèmes, agressivité, stéréotypie…). »

Plus généralement, ces méthodes d’intervention cherchent à améliorer la communication verbale et non verbale des personnes atteintes d’autisme en vue de favoriser le partage d’expérience au sein d’un univers, le nôtre, dont elles méconnaissent ou interprètent mal les codes sociaux et culturels.

 

Ce que précise encore la H.A.S lorsqu’elle émet que ces interventions précoces devraient « pouvoir débuter avant l’âge de 4 ans » et être mises en œuvre par une « équipe formée et régulièrement supervisée par des professionnels qualifiés et expérimentés ». Ces mêmes professionnels utiliseraient alors un « mode commun de communication et d’interactions avec l’enfant afin de faciliter sa compréhension du monde et des comportements des individus qui l’entourent ». la H.A.S alertant sur le fait « qu’une intervention globale ne peut consister en une juxtaposition de pratiques éducatives, pédagogiques, rééducatives ou psychologiques avec des techniques très hétérogènes ou éclectiques » ! Ou encore que « les prises en charge intégratives » qui mettent en œuvre « un travail indirect auprès des partenaires de l’enfant » et « un travail direct auprès de l’enfant fondées sur ses besoins individuels identifiés lors de l’évaluation » sont jugées « appropriées afin de permettre à l’enfant de rester intégré dans son milieu de vie ordinaire. »

 

A travers tous ces éléments recensés par la H.A.S auprès de l’ensemble des chercheurs, spécialistes, experts travaillant depuis des années sur l’autisme et ayant répondu aux réunions et groupes de travail de ce guide n’est pas citée une seule fois l’idée même de sanctions qui ne trouve registre dans aucun chapitre. Un guide qui est beaucoup plus proche de représentations et références qui tiennent à la « spécificité » et à la prise en compte de chaque individu avec l’objectif de favoriser l’éclosion de comportements adaptés en partant de leurs besoins propres…

Lors du même stage effectué au sein de l’antenne d’un IME dédiée à l’accompagnement des enfants et adolescents diagnostiqués avec trouble du spectre autistique, j’ai ainsi tenté mettre en pratique les connaissances acquises lors de mon D.U, et plus précisément ce qui concerne l’aspect communication.

J’ai donc pris l’initiative de me rapprocher d’eux pour tenter à la fois mieux les comprendre et surtout essayer de les aider dans leur cheminement quotidien.

 

Je me suis notamment avancé vers un enfant de 10 ans atteint d’une déficience intellectuelle sévère et qui ne communique pas du tout verbalement. En m’approchant donc de Julien, et en m’appuyant sur les travaux de Jacqueline Nadel directrice de recherche au CNRS et connue pour ses recherches autour de « l’imitation », je me suis présenté à lui doucement et en plusieurs étapes. Au bout de deux ou trois jours, je me suis autorisé à  l’interpeler pour qu’il me regarde. Ce qu’il a fait à un moment, puis j’ai profité de de cet « espace » qu’il m’a offert pour lui signifier que je souhaitais entrer plus précisément en relation avec lui en posant mon index sur mon front. A la première tentative il n’a pas répondu à ma proposition, son regard fuyant le mien, puis il m’a scruté par côté avant de lever timidement sa main vers son front alors que je restai à distance significative. Il a ensuite rompu rapidement le contact pour s’en retourner à son activité favorite qui est de jeter et ramasser un jeu de Lego à terre… J’ai renouvelé cette prise de contact plusieurs fois, et souvent avec succès, auprès de plusieurs enfants en profitant d’un moment calme ou bien lorsqu’ils se trouvaient seuls…

 

Pour illustrer mon propos, j’ai choisi volontairement un épisode qui ne soit pas spectaculaire et dont l‘expérimentation est à la portée de tout accompagnant. Je veux ainsi croire en la capacité de saisissement de chaque professionnel entourant les autistes de cette approche basée sur la politique de « la main ouverte » et la croyance en une « mutation » possible de l’enfant préfigurant d’un lendemain un peu plus affranchi.

Une séquence qui privilégie ici la communication par mimétisme et qui, si elle est favorisée, approfondie et transposée à d’autres contextes, rend inutile et caduque l’utilisation d’observations ou de remontrances parfois adressées. Une approche qui demande certes une certaine flexibilité, de l’initiative, de l’écoute et de se soumettre au rythme propre à l’enfant, peu de chose et d’efforts finalement par rapport au gain durable apporté à une équipe et principalement à la construction et à l’émancipation de cet être…

Je veux également illustrer mon propos en mettant cette fois-ci en avant deux autres causes, la gestion aléatoire du temps affectée à une activité ainsi que l’absence d’un support de communication explicite, qui ont débouché à terme sur la « déstabilisation » d’une enfant et sur sa « réactivité » :

 

J’ai ainsi été invité à participer à une sortie en assistant deux éducateurs et trois enfants en ville. L’objectif de cette sortie était d’« éveiller » les enfants à un environnement qu’ils n’appréhendent souvent que de loin et partiellement pour qu’ils « gagnent en autonomie ». Arrivés là, il leur a été demandé explicitement de « participer » en ayant un comportement adapté au lieu fréquenté. Ce qui fut notamment le cas lorsqu’il s’est agi de prendre un bus puis une collation dans un café.

A ce moment-là, les trois jeunes gens ont utilisé à tour de rôle leur classeur PECS (Picture Exchange Communication Système) en direction de professionnels de la restauration non préparés à leur venue mais prêts à coopérer. (le PECS est un système de communication à base d’images dont l’objectif visé est de développer le langage et permet aux enfants de mesurer l’effort à produire pour effectuer une demande, d’apprendre à se satisfaire de la réponse apportée ou à défaut de la renouveler, ceci dans un cadre moins préservé ou sécurisé que l’IME ou le domicile des parents).

Cette sortie m’a surtout permis de me rendre compte une fois encore combien la survenue de troubles chez ces enfants peut être produite par le milieu au sein duquel ils évoluent.

En l’occurrence un retard dans le départ de l’IME a eu pour conséquence, deux heures plus tard, que l’ensemble du groupe rate le bus devant le ramener du centre-ville au parking où le minibus était garé pour rallier l’IME.

De fait, ne voyant pas d’autre bus arriver rapidement et pour éviter que les enfants s’impatientent, les éducateurs ont ainsi décidé de parcourir le chemin retour à pieds.

Lisa, une enfant non verbale dont le comportement était jusqu’ici parfait, a d’abord manifesté de la réticence en « trainant la patte » avant carrément d’éclater en sanglots et de crier fortement tout en se débattant. Les deux éducateurs n’étaient pas de trop pour s’occuper d’elle tandis que j’éloignais les deux autres enfants sentant bien que la pression montait également pour eux car ils jetaient des regards fréquents et apeurés par-dessus l’épaule ainsi que de petits cris plaintifs pour l’un des deux.

En leur parlant doucement et en essayant d’expliquer par des mots simples les raisons de la colère de Lisa auprès des deux enfants qui étaient en capacité de comprendre (l’un pouvait d’ailleurs tenir un échange verbal), j’ai réussi à tempérer leur angoisse bien que je n’étais pas, moi-même, très rassuré tandis que Lisa ne parvenait à se calmer qu’une fois le minibus promptement démarré ! 

Le lendemain, j’évoquais de manière informelle cet incident auprès d’un des deux éducateurs présents la veille et nous avons convenu des raisons ou de « l’antécédent » ayant produit le comportement de Lisa, à savoir un manque de communication auprès d’elle et des deux autres enfants autour de ce retour précipité. 

Il a ainsi prévu qu’il réalise, pour les prochaines sorties, le pictogramme d’un car barré d’une grande croix rouge en espérant que cela sera suffisant pour tempérer et contrecarrer les débordements de Lisa et serve peut-être même à un autre enfant.

 

A travers cet « épisode » prenant sa source bien en amont, on peut faire le constat des conséquences produites sur une personne autiste quand il s’agit de lui « imposer » un choix qui ne lui est pas complètement explicité pour de multiples « bonnes raisons ». Des raisons au final qui ne sont pas les siennes et qui, si elles ne sont pas « éclairées » par des procédures ou « parades » correspondant au niveau de compréhension de l’interlocuteur, peuvent être anxiogènes et générer des crises difficilement contenables.

De toutes les façons possibles, et quel que soit l’angle pris, cet exemple illustre à lui seul qu’il est important de toujours partir de l’individu et de son intention et de veiller à ce que chaque décision prise pour autrui, et à fortiori pour une personne handicapée, obtienne, d’une façon ou d’une autre et sans aucune équivoque, son adhésion pleine et entière.

En outre, si un doute subsiste pour le professionnel quant au niveau de compréhension de l’information ou de la consigne transmises, qu’il soit prévu un outil de communication de substitution adapté à chacun permettant d’anticiper ou de gérer plus aisément un temps de crise…

 

Dans le cadre de l’autisme, on peut noter que plus les besoins des enfants seront observés et « traités » avec attention et bienveillance par les professionnels et plus les sentiments et émotions trouveront le moyen et le lieu de s’exprimer, et peut-être même un jour de « s’éteindre » comme le résultat recherché dans le cadre de la méthode ABA pour les comportements inappropriés.

L’ABA, ou l‘Applied Behavior Analysis, est ainsi un processus d’analyse du comportement humain et plus précisément de la motivation et qui a pour objectif, en s’appuyant sur un programme éducatif, de développer les apprentissages et l’autonomie des personnes.

 

Il se définit selon la séquence suivante :

 

Antécédent A _ Comportement (Behavior en anglais) B _ Conséquence C : A_ B_ C

 

Le mot comportement fait ici référence à un phénomène observable et mesurable, ce qu’une personne fait ou dit tandis que l’antécédent correspond aux stimuli de l’environnement et intervient avant le comportement alors que la conséquence succède à ce même comportement.

L’A.B.A permet ainsi de comprendre la relation entre le comportement et l’environnement dans lequel il se situe en vue de la mise en place de stratégies éducatives. 

Il vise à l’augmentation de comportements appropriés et à la disparition progressive de ceux qui ne le sont pas. Si dans la panoplie de ce programme existe bien le terme punition, positive ou négative d’ailleurs, il représente en fait le processus par lequel une conséquence agréable ou désagréable entraîne la baisse d’un comportement inapproprié. Il ne faut donc pas voir ici un aspect trop restrictif de la définition de la punition !

Plus largement, toujours d’après M. Eric Willaye, « La punition ou le stimulus aversif n’a jamais appris à quelqu’un ce qu’il est censé faire à la place », étant entendu qu’un comportement survient toujours pour 4 raisons essentielles :

La demande d’attention, les conséquences qu’il est censé amener au niveau des sens, l’accès qu’il peut ouvrir à des activités particulières ou encore la possibilité d’échapper à des demandes jugées comme désagréables.

Ce qui est recherché dans ce type d’accompagnement éducatif est l’augmentation de la fréquence du comportement approprié par l’utilisation de renforcements positifs (l’enfant « reçoit ») ou négatifs (on « retire » à l’enfant un stimulus qui le perturbe).

 

 

(à suivre)

 

 

 

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Montrer la voie pour ne pas monter la voix ! 2/4 (Philippe POURTALET, Septembre 2015)

13 Septembre 2015, 09:23am

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2. Le chemin de je crois…

 

Papa d’une enfant aujourd’hui âgée de 7 ans et diagnostiquée autiste, moi-même en fin de cursus de  formation Diplôme Universitaire « Autisme et autres troubles du développement » à la faculté Jean Jaures de Toulouse, je m’aperçois aujourd’hui combien « la sanction » est inopérante, voire contreproductive.

Je m’en rends compte en prenant exemple sur mon expérience personnelle au cours de laquelle l’application, par le passé, de mesures pédagogiques ayant l’ambition de « corriger » un comportement de ma fille que je jugeais « inopportun » ou « déplacé » ont pu être « dérangeantes » pour elle.

En premier lieu par méconnaissance évidente de ce qui se « passait en elle » puis, lorsqu’un « sparadrap a pu être collé sur son apparat » autrement dit « une étiquette apposée sur son handicap », une incompréhension patente des mécanismes d’apparition ou de fonctionnement qui le sous-tendaient…

La sanction, réponse que j’employais alors lorsque j’avais le sentiment d’avoir fait le tour du peu de solutions effectives dont je disposais pour contrecarrer ses excès et « accès de fureur », pouvait prendre plusieurs formes :

De la punition imposant l’arrêt brutal et définitif d’une activité en passant sans transition par l’éloignement, à la formulation d’injonctions ou de remontrances où mes « gros yeux » rencontraient l’incompréhension de son regard avec, en dernier recours épuisé par l’inopérance de cet « arsenal de guère », la colère signifiant surtout mon incapacité « proclamée » et intransigeante à agir de façon adaptée et tempérée... Une espèce de « chemin de je crois » que je parcourais seul livré à mes doutes et inaptitudes du moment par défaut de soutien auquel, nous parents, devons régulièrement faire face  pour ne pas avoir à la perdre !

 

Malheureusement, l’on peut imaginer que ces attitudes n’étaient d’aucun effet dans l’atteinte d’un résultat probant et d’une évolution positive de sa conduite n’ayant pour effet sur le moment que de venir renforcer ce que l’on appelle communément les troubles du comportement tels que les cris, les écholalies, de l’auto-violence… 

On voit bien ici que la non prise en compte de la totalité de l’état émotionnel de l’enfant, avec parfois en sus les projections personnelles de l’adulte, peut engendrer chez lui incompréhension, frustration, doute, stress, peur… une palette de ressentis « négatifs » qui rejaillit ainsi forcément sur son comportement et a des conséquences sur le long terme qui seront plus difficilement rattrapables.

Elles produisent donc l’effet contraire à celui voulu puisque l’enfant a tout intérêt à renouveler ce type d’expérience.

 

C’est pourquoi aujourd’hui, et avec mon recul de « père en création » se hasardant au plein exercice de sa fonction parentale, je m’appuie sur les compétences acquises par l’expérience et, plus particulièrement, par la formation. Cette entrée progressive dans les savoir-faire me permet ,à l’heure actuelle, de dire qu’il n’est d’aucune utilité de chercher à mettre de côté l’enfant, le gronder, qu’autre exemple l’adulte entre dans un jeu psychologique en partant de présupposés, les siens, mais bien plus qu’il tente de formuler, entre les mots fragiles, les non-dits, les regards soutenus ou détournés, les attitudes de fuite ou d’opposition, ce qui s’exprime de façon atypique !

Le challenge de l’accompagnant se place à ce niveau d’exigence avec pour ambition que l’enfant perçoive dans cette approche la ressource d’avancer, de « croquer la vie », de dire « stop » quand c’est de trop pour lui, qu’il nous interpelle par son être criant de vérité, tout à la fois construit d’entièreté et de multitude, et quand bien-même de fragments, d’espacements, d’échouement… Que le réflexe « premier », pris dans le sens « des origines », est de se remémorer que chacun d’entre nous est le reflet, l'essence même de la vie dans ce qu'elle propose de pionnier ou de plus élaboré, de « séquencé » ou de plus fluide, pour finir d'élévation et de subtile réalisation que traduit l’âme dans son immense singularité… 

 

 

(à suivre)

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Montrer la voie pour ne pas monter la voix ! 1/4 (Philippe POURTALET, Septembre 2015)

10 Septembre 2015, 07:25am

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Enfin ! Voici une (belle) contribution de Philippe POURTALET, conseiller à la Mission locale de Tarbes : « Montrer la voie pour ne pas monter la voix ! ». J’ai rencontré Philippe à l’occasion d’une formation que j’animais dans cette (re-belle) région et puis, de fil en aiguille, d’atomes crochus en molécules empathiques, de concordance prénominale en tout cas étymologiquement pour les chevaux (philos : « ami », hippos : « cheval »), nous avons tissé des liens par courriels, en particulier à partir de son ouvrage Un battement d’Elle (éditions Arcane 17). Philippe, papa d’une petite fille autiste, parle de cela, des enthousiasmes et énervements, des communions et incompréhensions… Il y a, ici (cet article) et là (son ouvrage), des expressions qui vous accrochent tel un velcro : « … lorsqu’un sparadrap a pu être collé sur son apparat, autrement dit une étiquette apposée sur son handicap »… » On hésite entre le sparadrap du capitaine Haddock (cf. Hergé,  1956, L’affaire Tournesol) et Stigmate d’Erving Goffman (1975, les éditions de minuit)

Ici, Philippe nous propose un article sur la sanction paru dans Les cahiers de l’Actif n° 463-469. Cette contribution totalisant quinze pages, on la publie en quatre chapitres, son propre découpage, à raison d’un chapitre tous les deux-trois jours. Aujourd’hui, « 1. Aller à la rencontre ».

Philippe LABBE

PS. J’en profite pour ouvrir une énième fois les pages de ce blog à toutes celles et ceux qui veulent « dire des choses » sur la jeunesse, la relations, l’insertion, la vie, la société, le monde…

 

 

Montrer la voie pour ne pas monter la voix !

Il va presque aujourd’hui de soi que la valeur éducative de la sanction soit considérée comme très limitée, « au mieux » circonscrite au moment de son application sans plus aucun effet passé le temps de l’agitation et de l’émotion.

Et pourtant celle-ci reste toujours d’usage dans les cours de récréation, au sein de certaines institutions, vestige d’une époque où le mérite le disputait à l’ordre, préparant sans doute ainsi l’élève modèle à notre modèle de société qui a fièrement et laborieusement hissé jusqu’à son sommet les critères de « comparaison », de « compétition » et de « sélection » ! 

Une société où la communication, avec ce qu’elle représente de découverte et d’acceptation de l’autre, de remise en question personnelle, de « rencontre » avec le monde est le parent pauvre des relations entre les individus, de l’éducation au sens large.

Car il s’agit bien de cela quand la sanction signe un défaut de communication par manque de repères ou simplement par solution de « facilité » bien qu’il semble très compliqué de gérer humainement un « après-sanction »… 

Par ce biais, la sanction symbolise en fait le déficit d’échange et de mise en partage d’un panel de moyens existants ou à créer permettant d’anticiper la survenue ou d’empêcher l’extension de ce que l’on nomme pudiquement la plupart du temps une « situation problème ».

Alors lorsqu’il s’agit d’enfants avec handicap, ce petit quelque chose en plus qui fait qu’ils sont plutôt moins considérés, qu’en est-il ?

 

1. Aller à la rencontre…

 

Certains arguent d’un côté de l’extrémité que le handicap n’est pas un « prétexte » pour ne pas avoir à réprimer ou à blâmer, gommant de fait la notion même de handicap, quand d’autres évoquent, dans une attitude exclusivement compatissante, que l’on s’en prend à des enfants déjà « sanctionnés » par la vie, et donc quelque part « abimés », sans rien proposer de vraiment concret en retour !

Entre ces deux points de vue « aux antipodes » comment situer sa pratique lorsque l’on est un professionnel et que mettre en face de tangible ?

Tout bien sûr ! Ce « tout » représentant une palette riche et infinie en nuances d’actions et d’accompagnements visant à consolider, renouveler, réinventer l’existant pour l’adapter à chaque personne, à son contexte et à ce qui fait sens pour elle, les besoins des uns ne correspondant en rien à ceux de pairs même si le diagnostic posé peut laisser entrevoir des contraintes ou évolutions similaires.

A ce titre la reconnaissance d’un handicap coexistant avec l’individu, avec ce qui le caractérise de limites et de ressources, d’attendus ou d’imprévisible, de factuel ou de plus formel, devrait automatiquement attirer l’attention sur la spécificité de ses besoins et ne plus faire débat. On ne parle donc plus ici seulement de différence à prendre en considération mais de la capacité à envisager que tout être possède des attentes exclusives que les moyens mis en place vont chercher à satisfaire…

Alors la formation, outil par l’excellence, trouve évidemment matière à s’intercaler dans l’énumération de ces moyens car elle « oblige ». Elle oblige ainsi à repenser, resituer, réinterpréter un mode de (dys ?)fonctionnement ancré dans le confort très relatif de la routine et de rituels instaurés afin de plutôt rassurer l’accompagnateur. 

La formation avec son florilège de mises en perspective, d’échanges croisés, d’apports en connaissances théoriques et d’analyse de pratiques semble donc indispensable, incontournable, nécessaire à l’éclosion du changement… certainement pas suffisante.

Avant toute chose la posture d’accueil, d’ouverture à l’autre devrait constituer l’Alpha et l’Omega de la mallette du professionnel mis dans les meilleures conditions par l’institution pour «concevoir » la différence. 

Par conséquent, cette disponibilité d’esprit s’intègre dans un paysage professionnel qui nécessite de s’interroger ou se réinterroger sur cette fameuse et tant usitée « juste distance » à trouver par rapport à l’autre là où il serait beaucoup plus judicieux et opérationnel d’évoquer une « juste distinction à l’être », l’autre n’étant en aucune manière « moi », afin d’éviter une « confusion relationnelle » peu propice à l’atteinte d’une sérénité et d’une certaine efficacité.

Cette posture n’est cependant pas que le résultat attendu de solutions et de recettes miracle que l’on chercherait à appliquer à tout prix ou, plus justement, à insérer entre les injonctions institutionnelles ou les urgences situationnelles et qui ne trouveraient valeur que pour des situations bien « ficelées » quasi inexistantes en soi. Non, cette conduite s’appuie bien plus sur cette aptitude à tout être humain à aborder et à accepter l’autre dans « l’inconfort » relationnel premier qu’il propose, ou oppose même parfois, de par sa nouveauté et ses parts d’inconnue pour aller vers une rencontre palpable et durable trouvant racine dans la reconnaissance de la diversité des origines et de ses richesses…

Tel est le crédo que tout personnel éducatif, psychologue, orthophoniste, psychomotricien, assistante maternelle, du secteur médical… se doit de relever dans une attitude où l’empathie, la considération positive inconditionnelle et la congruence, sorte de cohérence entre le langage verbal et non verbal si chers au psychologue américain Carl Rogers, devraient être la règle… mais pas celle qui est venu tutoyer autrefois de trop près et pendant très longtemps les doigts d’enfants soumis à une certaine idée de la perfection !

 

(à suivre)

 

 

 

 

 

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Invitation à lire et comprendre la complexité… facilement. (Philippe LABBE, 07 septembre 2015)

7 Septembre 2015, 15:06pm

Publié par mission

Avec la rentrée littéraire, comme d’habitude, les bookmakers médiatiques vont tenter de nous tenir en haleine avec les pronostics des récipiendaires des différents prix (Goncourt, Médicis, Femina…), combinazione et tripatouillage entre les grands éditeurs, overdose de l’hypertrophique Christine Angot (« Hypertrophie de l’Angot », Le Canard enchaîné, 2 septembre 2015) ou du clone célinien franchement réac Houellebecq.

Cela fait longtemps que, pour inviter à comprendre la complexité, mot qui fait autant consensus qu’il est généralement insuffisamment maîtrisé, j’invite à lire Edgar Morin, particulièrement parmi sa soixantaine d’ouvrages - dont le monument (six volumes !) La Méthode - celui déjà ancien Introduction à la pensée complexe (1990, Paris, ESF éditeur… dédicacé… yes !). Et bien Edgar Morin, ce sociologue-philosophe humaniste, nous offre en ce mois de septembre un petit bouquin (128 pages), clair, limpide me permettant d’actualiser ma recommandation de lecture : Penser global. L’humain et son univers (Paris, Robert Laffont).

Le « principe hologrammatique » vous décourage avant même que vous soyez parvenu à l’énoncer ? La « boucle récursive » clôt irrésistiblement vos paupières ? En deux pages vous aurez compris sans effort ces concepts-clés de la pensée complexe : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » nous disait Boileau. C’est le cas.

Bien sûr, les amateurs éclairés et les exégètes de Morin n’apprendront pas grand chose de nouveau mais, lorsque la boussole axiologique est déréglée comme en ces temps gris, il est toujours utile de revenir à l’essentiel. Cet ouvrage est utile, se lit en 3-4 heures (soit le temps moyen que le Français passe quotidiennement devant cette étrange lucarne de télévision…), est accessible à tous comme le fût Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur (je n’ai plus la date, on ne me l’a pas rendu) ou La tête bien faite (1999, Paris, Seuil).

Illustration avec un extrait de la 5ème page en remplaçant « enseignement » par « insertion » :

« Les trois notions d’individuel, de social et de biologique sont indissociables. L’une ne peut fonctionner sans l’autre, et l’apparente simplicité d’un tel trio cache en réalité des interactions complexes. Cependant, cet humain trinitaire reste méconnu dans notre {insertion}.

Notre système d’ {insertion} présente une disjonction dramatique entre ces trois polarités fondamentales de l’homme. »

Pas très compliqué de constater que là réside le hiatus majeur de l’insertion : d’un côté une conception globale de l’individu indissociable, de l’autre côté la pensée disjonctive qui sépare. Une logique de la complexité contre l’illogisme de la complication. Ca ne résout pas tout de le savoir mais ça permet d’entrer ou de rester en résistance.

 

 

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Question de Conseil Consultatif Jeunes. A toutes fins utiles… (Philippe LABBE, 29 août 2015)

29 Août 2015, 08:53am

Publié par mission

Une fois n’est pas coutume mais, enfin, puisque cela correspond à une préoccupation que j’ai maintes fois exprimée, sur mon ancien blog (toujours accessible même s’il est inactif : https://plabbe.wordpress.com - 600 articles disponibles…) et dans la presse (ASH, Lien social…) et ayant récemment été sollicité sur ce thème par une Mission locale, je m’autorise une information sur un « produit » de formation susceptible de retenir l’attention : il s’agit de l’expression des jeunes au sein d’une Mission locale en tant qu’acteur collectif, et non en tant que sujet singulier… ou, formulé différemment, comment « Concevoir, organiser et animer une instance de type Conseil Consultatif Jeunes ». Je présente ce « produit » (des guillemets car j’éprouve toujours des difficultés à recourir au vocabulaire marchand, c’est ainsi) qui est le fruit de cogitations personnelles mais, surtout, d’observations et d’expériences vécues avec des pioupious de Mission locale (une pensée pour mon ami Fred, responsable de secteur de l’antenne la plus méridionale du monde, dans cet hémisphère sud où les gens parviennent bizarrement à marcher la tête en bas sans tomber dans le vide sidéral). Ceux-ci, ici et là, ont compris que cette place des jeunes dans la structure était un marqueur important de l’identité des Missions locales qui se refusent à n’être que des copier-coller (« opérateurs ») pour jeunes de cabinets de placement, des sortes de chasseurs de bras, plus que de têtes, pour des « publics » aux CV microscopiques, ou encore des couvercles posées sur une marmite où éclatent sporadiquement les bulles de la révolte de celles et ceux qui résistent à la tentation de la servitude volontaire.

 

Voici donc une offre de formation - présentée comme telle - que, pour motif de retraite (qui a dit « Bon débarras au fond de la salle ! » ?) et sauf amicales exceptions, je ne réaliserai pas mais pour laquelle un- fringant et sympathique - collègue, associé de notre SCOP et ex-cadre de Mission locale, pourra se mobiliser.

 

I. Eléments problématiques. De quoi s’agit-il ?

L’approche globale, c’est-à-dire la prise en compte de la multidimensionnalité des besoins et aspirations de chaque jeune, est le concept-pivot des Missions locales. Si l’emploi, le logement et la santé occupent une place importante dans l’action de celles-ci, on peut constater que la citoyenneté est un thème moins développé, sinon via des informations sur l’accès aux droits ou dans le cadre d’expérimentations (FEJ, Dexia…). Pourtant la citoyenneté est essentielle dans la mesure où elle est la capacité d’évoluer et de s’impliquer dans la vie sociale : la sociabilité – relations avec les autres – et le sociétal – participation active au fonctionnement et au changement de la société -. Notons que la Garantie Jeunes a fait bouger les lignes en permettant de s’émanciper de l’entretien individuel en face-à-face dans l’alcôve du conseiller référent… et c’est tant mieux !

Alors que la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem vient d’annoncer un important plan d’enseignement moral et civique (EMC) du primaire au collège jusqu’au lycée, il semble nécessaire, sinon impératif, qu’enfin les Missions locales – filles de l’éducation populaire - accordent à la citoyenneté une place dans leur offre de services… et plus : dans leur projet associatif. Pour cela, l’hypothèse centrale est que le temps du parcours en Mission locale ne peut faire l’économie d’être également celui de l’apprentissage de la citoyenneté, du débat, de la formation de l’esprit critique… toutes choses préventives vis-à-vis de dérives telles que la passivité, le consumérisme ou le sectarisme.

 

II. Objectifs pédagogiques. Que visons-nous ?

Cette formation vise un objectif majeur : permettre aux participants de concevoir, d’organiser et d’animer une instance de type « Conseil Consultatif Jeunes » (CCJ) ou Conseil Citoyen Jeunesse.

- La conception implique de comprendre les enjeux et de répondre aux (habituelles) objections : représentativité, labilité et turn-over… 

- L’organisation recouvre la connaissance d’autres fonctionnements de CCJ et l’adaptation de ces modèles aux particularités de chaque Mission locale.

- L’animation permet d’être doté des compétences et des outils pour que le CCJ soit une instance active de propositions, de réalisations et de coéducation.

 

III. Durée.

La formation se déroule sur 4 jours, soit deux sessions de deux jours espacées d’un ou deux mois.

 

IV. Public

Conseillers, chargés-ées de projet, chargés-ées d’animation.

 

V. Contenu.

 

Nota bene : chaque séquence recouvre un apport théorique et/ou méthodologique suivi d’une mise en débat à partir des opinions, expériences et analyses des participants.

 

Va. 1ère session (2 jours)

Introduction : présentation du formateur, des participants, du programme et de ses objectifs. Explicitation par les participants de leurs attentes et de leurs expériences dans le domaine.

Clarification : ce qu’est la citoyenneté qui ne se limite pas au vote mais qui, avec le Sujet, l’Acteur et le Producteur, fait intervenir le Citoyen, ces quatre personnages constituant l’individu dans sa globalité. Les diverses facettes de la citoyenneté : connaître les institutions, être contributeur et pas seulement consommateur, s’entraider, s’engager.

Les obstacles habituels : le temps (toujours insuffisant), le financement (toujours fléché sur l’emploi et la formation), les compétences (de l’entretien en face-à-face à l’animation de groupe), la représentativité (confusion entre démocraties participative et représentative), le turn-over (des jeunes qui ne restent pas).

Quelques expériences de CCJ présentant des caractéristiques distinctes d’objectifs, de moyens, d’organisation et de résultats.

Mise en situation de conception : les participants sont ventilés en deux ou trois groupes, chacun d’entre eux devant concevoir un CCJ, des finalités aux activités, du règlement intérieur à son mode d’animation. Présentation des hypothèses de CCJ et mise en débat avec des questions : comment mobilise-t-on les jeunes ? quel feed-back sur les propositions ? quelles productions du CCJ ? quel financement pour des activités ? quelle place institutionnelle dans la Mission locale ? quel animateur (jeune et/ou conseiller) ? Etc.

Conclusion de la 1ère session : évaluation à mi-parcours. Durant l’intersession, chaque participant présente à sa direction et/ou à l’équipe les hypothèses de mise en place d’un CCJ adapté à sa Mission locale, recueille les avis et prépare un premier modèle de CCJ répondant aux suggestions et orientations de la structure.

 

Vb. 2ème session (2 jours)

Présentation par chaque participant du modèle de CCJ souhaité par sa structure. Analyse critique, suggestions.

Travail de production en sous-groupes : écriture d’un règlement intérieur (avec variantes selon les modèles), diaporama de présentation d’un CCJ, questionnaires d’enquête réappropriables par les jeunes futurs membres de CCJ (« Votre santé », « Connaissez-vous votre commune ? », etc.), fiche de prescription interne du conseiller référent (pour un jeune isolé ayant besoin d’être inclus dans un groupe)… Présentation des travaux, débat, mutualisation.

L’évaluation d’un CCJ : quelles sont les valeurs ajoutées de cette instance ? Méthodologie d’évaluation de CCJ.

Au terme de cette session, chaque participant disposera d’une documentation numérisée sur clé USB fournie constituant les matériaux qu’il pourra mobiliser pour organiser et animer le CCJ.

Evaluation de la formation : orale collective et individuelle (questionnaire standard Uniformation).

 

VI. Animation

Stéphane MABON, formateur de PENNEC ETUDES CONSEILS, ex-cadre de direction de Mission locale, disposant d’une très bonne connaissance des Missions locales dans le cadre d’actions d’accompagnements, d’études et de formations (dont l’ANC « Observation du territoire et des jeunes vers l’ingénierie de projet »).

Cette formation est supervisée et étayée par Philippe LABBE.

 

VII. Budget

Coût sur la base financière d’Uniformation.

 

VIII. Bibliographie

Badie Bertrand, Perrineau Pascal, Le citoyen, 2000, Paris, Presses de Sciences Po.

Bidet Alexandra, L’engagement dans le travail, 2011, Paris, PUF.

Bobineau Olivier, Les formes élémentaires de l’engagement. Une anthropologie du sens, 2010, Paris, Temps Présent.

Citoyen en quel état ? Revue Projet n° 233, 1993.

CNRS, 2004, Engagement social et politique dans le parcours de vie, Revue Lien social et politique n° 51.

Critchey Simon, Une exigence infinie. Ethique de l’engagement, politique de la résistance, 2013, Paris, François Bourin Editeur.

Fillieule Olivier, Péchu Cécile, Lutter ensemble. Les théories de l’action collective, 1993, Paris, L’Harmattan.

Gedisst, Précarisation et citoyenneté, Cahiers du Gedisst n° 23, Paris, L’Harmattan.

Le Pors Anicet, 2004, La citoyenneté, Paris, PUF, « Que sais-je ? »

Schnapper Dominique, 2000, Qu’est-ce que la citoyenneté ? Paris, Gallimard.

Schnapper Dominique, 1994, La communauté des citoyens, Paris, Gallimard.

Schnapper Dominique, 2002, La démocratie providentielle, Paris, Gallimard.

 

P.S. Beaucoup de Schnapper, certes, pas parce que c’est la fille de Raymond Aron mais parce que elle est une, sinon « la » référence pour ce thème…

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Les maîtres du monde (1). (Philippe LABBE, 1er août 2015)

1 Août 2015, 10:23am

Publié par mission

Parlons peu mais parlons presse, plus largement médias. Coïncidence, le jour où Le Monde titrait à la Une « Les magnats des médias se mettent en ordre de bataille à l’approche de 2017 », on pouvait (re)voir à la télévision Les nouveaux chiens de garde ( https://www.youtube.com/watch?v=SdvnifgqR-0), un film de Pierre Carles (le même réalisateur du film sur Bourdieu, La sociologie est un sport de combat  https://www.youtube.com/watch?v=aukfnAfFZ7A ).

 

Chausser les lunettes du film Les nouveaux chiens de garde – titre inspiré par l’essai de Paul Nizan, Les chiens de garde (1932), cet auteur dont un autre ouvrage Eden d’Arabie (1931) commence par cette phrase célèbre que la jeunesse d’aujourd’hui pourrait reprendre à son compte : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » - permet en effet de décrypter (= sortir de la crypte, du noir) l’empire et en pire des médias, ses desseins, ce que veulent faire croire les danseurs et danseuses du grand ballet de l’illusionnisme social que nous invitons le soir chez nous, dans notre salon à travers l’étrange lucarne. Ces présentateurs-cocottes et experts en tout, d’ailleurs, n’échangent pas avec nous : a t-on déjà vu des téléspectateurs discuter avec ces femmes et hommes-tronc ? Non, de plateaux en éditoriaux et d’éditoriaux en plateaux ils déversent ce qu’on leur dit de dire et il n’y a d’autre alternative, si l’on doute, si l’on est pas d’accord, que de les congédier en appuyant sur le off de la télécommande.

« On leur dit de dire » : mais qui est ce « on » ? La réponse est dans le film et, actualisée, dans Le Monde daté du 29 juillet… et, sachant qu’en moyenne le Français passe quotidiennement quatre heures devant son poste de télévision, nous avons de bonnes raisons de nous inquiéter. Parce que ce « on » c’est le pouvoir de l’argent.

 

Résumé en tableau du paysage des médias privés en France.

 

Nota bene. La fortune personnelle des dirigeants se base sur le classement 2015 de Challenges, « Les 500 plus grandes fortunes de France ». Les « moins dotés », avec seulement « 280 » ou « 290 », seraient à plaindre s’il ne s’agissait pas de millions d’euros, soit 16 000 années de SMIC… donc de l’argent de côté pour assurer ses arrières et voir venir. Je n’ai pas trouvé la fortune de Matthieu Pigasse mais, idem, pas d’inquiétude : ce patron de la banque Lazard est milliardaire à défaut d’être un citoyen modèle puisque, selon l’hebdomadaire Marianne, « il paierait la majorité de ses impôts aux Etats-Unis ». Ce qu’en termes policés on nomme « optimisation fiscale » vs. « fraude » pour les nettement moins millionnaires. Même discrétion sur la fortune de Thomas Rabe mais, inutile de s’angoisser, le peu que j’ai pu découvrir est rassurant…

Groupe

Chiffre d’affaires (millions d’€)

Principaux médias

Classé à…

Dirigeant

Fortune personnelle

(en millions d’€)

Vivendi-Canal +

5 450

Canal +, Canal + cinéma, I Télé, D8, D17, Dailymotion…

Droite

Vincent Bolloré

11 140

Bouygues – TF1

2 243

TF1, TMC, NT1, HD1, MYTF1, LCI, TV Breizh, Histoire, Ushuaïa TV, SerieClub, Metronews…

Droite

Martin Bouygues

2 400

Bertelsmann France

1 700

RTL, M6, W9, Paris première, Téva, Gala, Femme actuelle, VSD, Prima, Voici, Télé Loisirs, Géo, Capital…

Droite

Thomas Rabe

Lagardère Active

958

Europe 1, RFM, Virgin Radio, Gulli, Mezzo, Paris Match, Elle, Le journal du dimanche, Public, Télé 7 jours…

Droite

Arnaud Lagardère

290

LVMH – Les Echos

335

Les Echos, Le Parisien, Investir Magazine, Capital Finance, Radio Classique…

Droite

Bernard Arnault

34 660

BNP – Le Monde

390

Le Monde, Courrier international, La Vie, Télérama, Le Monde Diplomatique, l’Obs, Rue89, Huffington Post, Le Monde des religions, Prier…

Centre gauche

Pierre Bergé

180

Xavier Niel

7 830

Matthieu Pigasse

Dassault-Figaro

500

Le Figaro, Figaro Magazine, Madame Figaro, Journal des finances…

Droite

Serge Dassault

17 500

Altice

575

Libération, L’express, L’Expansion, Stratégies, 01net.com, Lire, L’Etudiant, Point de vue, NextRadioTV (à 49%), BFM-TV, BFM Business, RMC, RMC Sport, RMC découverte…

Droite

Patrick Drahi

16 700

Amaury

300

L’Equipe, L’Equipe Magazine, France Football, L’Equipe TV…

Droite

Marie-Odile Amaury

280

Pinault-Artémis

Non communiqué

Le Point, Historia, La Recherche, Le Magazine littéraire, L’Histoire…

Droite

François Henri Pinault

12 700

 

 

Ah oui, cet article du Monde ! Et bien le sous-titre éclaire : « A deux ans de l’élection présidentielle et dans un secteur en profonde mutation, les rachats se multiplient ». De la sorte ces braves gens jouant au Monopoly capitalistique, dont le total des fortunes personnelles atteint 103 milliards d’€, se préparent à promouvoir les politiques qui les serviront au mieux, c’est-à-dire des vassaux. Parmi ces dix groupes, seul un est classé « centre gauche », BNP-Le Monde dont Alain Minc est président, depuis 1985, de la Société des lecteurs après avoir été président du conseil de surveillance de la SA Le Monde de 1994 à 2008… Alain Minc étant très proche – « conseiller officieux » - de Nicolas Sarkozy, on voit que ce « centre gauche » - truc bizarre, expression de la droitisation du champ politique (2) -n’est pas de nature à inquiéter les « maîtres du monde », Picsous qui ne se contentent pas de faire fructifier leurs cassettes, d’être d’ordinaires prédateurs financiers, mais qui sabrent les journalistes un peu trublions (cf. le breton Bolloré et Les Guignols (3)).

 

Coin-coin.

Reste l’inoxydable palmipède paraissant le mercredi, totalement indépendant, sans publicité, Le Canard… Ouf ! Précisément et s’agissant d’argent, on y lira cette semaine que notre ex-président est contraint de « prendre le maquis en Corse » pour laisser le pied-à-terre du Cap Nègre de son épouse Carla – aussi millionnaire – à sa sœur Valeria. Du coup, notre couple de migrants s’installe au Domaine de Murtoli, « un petit coin de paradis corse de 2500 hectares entre Sartène et Bonifacio » où une bergerie est louée 34 200 € la semaine (sans le petit déjeuner). Accessoirement le propriétaire du domaine est Paul Giacobbi, député radical de gauche, président de la région… et mis en examen le 21 juillet pour détournement de fonds publics. Nicolas et lui auront de quoi échanger à l’ombre de la pinède en sirotant le pastis puisque le premier est mis en examen pour corruption et trafic d’influence.

A droite, on n’est pas en reste avec les Thénardier de Levallois auxquels l’hebdomadaire devrait d’ailleurs reverser quelques émoluments puisqu’à eux seuls ils fournissent une matière journalistique récurrente. Patrick Balkany, mis en examen pour fraude fiscale et blanchiment, interdit de sortie de territoire… et toujours député (!), a déposé le 23 juillet des propositions de loi dont celle d’une privatisation de France Télévisions et de Radio France. Il faut dire qu’il n’a guère apprécié l’investigation des journalistes de « Complément d’enquête » qui s’étaient intéressés au système Balkany. Exposé des motifs de cette proposition : « manque d’objectivité » et « partialité évidente ».

On se consolera en lorgnant du côté de la perfide Albion où lord Sewell, président de la « Commission de l’immunité et de la tenue » chargée de statuer sur la déontologie de la Chambre des Lords (l’équivalent du Sénat) vient de se faire pincer en petite tenue sniffant de la cocaïne entre les seins d’une prostituée. Enfin, lui, il a du démissionner.

 

Réjouissons-nous que le tirage du Canard enchaîné ne soit que de 400 000 exemplaires et que nos compatriotes lisent Viva, L’Express ou Elle, sinon la France serait à feu et à sang, Robespierre apparaissant comme un doux pacifiste, une sorte de Lamartine alangui et soupirant au bord du Lac……

Le ciel vous tienne en joie.

 

(1) En référence à Pierre Bourdieu, 1996, Sur la télévision, Paris, Liber-Raisons d’agir.  Sur ce même thème, on peut également regarder et écouter Pierre Bourdieu : https://www.youtube.com/watch?v=vcc6AEpjdcY  Première phrase de Bourdieu : « Je voudrais donc montrer que la télévision est le lieu de censures multiples et pour la plupart invisibles, y compris pour ceux qui les exercent. »

(2) On mettait auparavant dans le « centre gauche » les rad’soc (radicaux socialistes généralement flanqués de rouflaquettes, tribu en voie d’extinction issue de la 3ème République, essentiellement nichée dans le Sud-Ouest). Selon Le Monde (31 juillet), il faudrait désormais ajouter le PS (« Sur l’échiquier politique, marqué désormais par le tripartisme avec la montée du FN, il {le PS} campe clairement au centre gauche. ») et deux micro-partis : le « MUP » (Mouvement unitaire progressiste : deux députés dont Robert Hue, ex-PCF) et le « FDES » (Front démocrate, écologiste et social : un député, Jean-Luc Bennahmias… ex-Verts et front à lui seul). Jaurès est très-très loin…

(3) Le breton est connu pour être têtu. Ainsi, après Les Guignols, Bolloré persiste-t-il et signe : « L’actionnaire principal de Vivendi, propriétaire de la chaîne {Canal +}, aurait interdit la diffusion d’une enquête sur le Crédit Mutuel » (Le Monde, 31 juillet 2015). Selon Mediapart, autre rare média indépendant, le Crédit Mutuel, banque mutualiste comme son nom l’indique (faisant donc partie de l’économie sociale et solidaire…), « est accusé de favoriser des pratiques d’évasion fiscale de ses clients. »

 

 

Fournier  (03/09/2015)

Le diplo, centre gauche ? Étonnant.

 

Labbé (04/09/2015)

Evidemment, "Le Diplo" n'est pas de centre gauche, c'est Le Monde qui est classé ainsi. "Le Diplo" est marginal dans le groupe… en discutant avec ses journalistes, par exemple à la Fête de l'Huma, on mesure toute "l'estime" qu'ils portent à leur "grand frère"…

 

 

 

 

 

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BHL, Manaudou et Dubosc sont en vacances. (Philippe LABBE, 29 juillet 2015)

29 Juillet 2015, 09:28am

Publié par mission

 

C’est la trêve des maillots de bain et, comme il semblerait que beaucoup de compatriotes insécurisés sont restés dans les frontières de l’Hexagone, je me suis « amusé » à faire une exploitation de données issues du rapport 2014 de L’Observatoire des Territoires, volumineux document en deux tomes pour au total 214 pages… ouf ! C’est une production toute récente du Commissariat général à l’égalité des territoires (soit CGET… à ne pas confondre avec la Cégète !). On peut d’ailleurs aller sur le site : http://carto.observatoire-des-territoires.gouv.fr

 

L’idée est que, si bien sûr vous allez dans une région pour y visiter les châteaux (version BHL en chemise blanche échancrée), ou y faire du canyoning (version Florent Manaudou avec son gel de douche) ou encore sautiller dans une piscine face à un gentil animateur (version Franck Dubosc en marcel rose), vous pouvez ne pas bronzer idiot et connaître l’avis des autochtones sur leur qualité de vie ici, dans cette région qui est la leur. Il s’agit donc de bien-être subjectif : « … la mesure du bien-être subjectif repose sur l’évaluation que chacun fait de sa vie, prise dans son ensemble ou bien distinguée en différentes composantes (santé, éducation, situation vis-à-vis de l’emploi, etc.). » (CGET)

 

Parmi les très nombreux indicateurs disponibles, j’en ai (très arbitrairement mais c’est comme ça) sélectionné quatre auxquels j’ai ajouté le solde migratoire (différence entre les arrivées et départs), pour ce qu’il révèle de l’attractivité régionale, et l’évolution du PIB (produit intérieur brut) sur la période 1990-2011. Ces quatre indicateurs sont le logement et l’environnement, la sécurité de l’emploi, la sociabilité et relations avec les proches, famille et voisins, enfin la vie quotidienne.

 

Les données régionales sont ventilées ici sur une échelle de pourcentages à cinq paliers (échelle dite « de Likert »). Par exemple pour le logement et l’environnement, 40,7% et plus de personnes satisfaites, de 39,2% à 40,6%, de 38,6% à 39,1%, de 37,7% à 38,5%, de 36,5% à 37,6% et moins de 36,4%.  Aux régions du palier où la satisfaction est la plus élevée, j’ai attribué la valeur arithmétique 20/20 (c-à-d « très satisfait ») ; à celles du palier inférieur (« plutôt satisfait ») 15/20 ; à celle intermédiaire (« satisfait-insatisfait ») 10/20 ; à celle en-dessous (« plutôt insatisfait ») 5/20 et à la dernière (« très insatisfait ») 0/20. Sans doute, faudrait-il très longuement pondérer ce palmarès, tant par le classement où 1 ou 2% font passer d’une catégorie à une autre que par la subjectivité inhérente de ces items… sans même évoquer le fait que, pour un même indicateur, par exemple le logement, on répondra différemment selon que l’on est très bien ou très mal doté économiquement : ainsi les appréciations sur le logement en Ile de France, région qui obtient 0/20, varient-elles du tout au tout selon que l’on vit seul avec le SMIC ou que l’on est rentier dans un appartement familial à Neuilly. Et comme il y a plus de pauvres que de riches, puisque « Les riches, au fond, ne sont jamais qu’une minorité de pauvres qui ont réussi » (Pierre Desproges), il est logique que l’item du logement en Ile-de-France obtienne un zéro pointé. S’agissant des deux autres indicateurs, solde migratoire et PIB, je n’ai retenu ici que les régions avec les résultats les plus accentués.

 

Bref, mea culpa, cette contribution pourrait être déconstruite en un coup de sabre, même pas : de canif, épistémologique… si elle n’avait comme seule ambition que de divertir, un peu à la façon des mots croisés sur la plage ou des feu tests du Nouvel Obs, l’été, où, lorsque vous aviez coché « chien » à votre animal préféré et « sucre » avec votre café, vous aviez toutes les chances d’être de droite alors que si vous aviez répondu « chat » et « sans sucre » vous rejoigniez la gauche (authentique)…

 

Les scores régionaux…

Région

Logement

Emploi

Sociabilité

Vie quot.

Total pts

Solde migratoire

Evolution PIB

Poitou-Charentes

20

5

20

20

65

+

 

Auvergne

20

5

20

20

65

 

-

Bourgogne

20

10

20

15

65

 

-

Limousin

20

0

20

20

60

+

-

Midi-Pyrénées

15

20

15

10

60

+

+

Aquitaine

15

15

15

15

60

+

 

Bretagne

15

10

15

20

50

+

 

Centre

10

15

10

15

50

 

 

Pays de Loire

5

15

10

15

45

 

+

Alsace

5

20

5

10

40

 

 

Basse Normandie

15

0

15

10

40

 

 

Franche Comté

10

10

10

10

40

 

 

Rhône Alpes

0

20

5

5

30

 

 

Lorraine

5

15

5

5

30

-

-

Languedoc-Rous.

10

0

10

5

25

+

+

Ile de France

0

20

0

0

20

-

 

Champagne-Ard.

5

5

5

5

20

-

-

Haute Normandie

0

10

0

5

15

-

 

PACA

0

5

5

0

10

 

 

Picardie

5

5

0

0

10

-

-

Corse

10

0

0

0

10

 

+

Nord Pas de Calais

0

0

0

0

0

-

 

 

Pour le CGET, « De manière générale, deux critères différencient nettement les régions entre elles : la satisfaction par rapport au logement et à la sécurité de l’emploi. Viennent ensuite la satisfaction issue des loisirs et de l’emploi, puis des relations avec les proches et, enfin, la satisfaction globale dans la vie. Lorsque tous ces critères sont pris en compte, cinq régions se distinguent des autres par un niveau de satisfaction globale des habitants assez bas (Île-de-France, Picardie, Nord Pas-de-Calais, PACA et Corse).

Quant aux autres régions, elles diffèrent entre elles par des écarts faibles mais non négligeables, qui vont parfois à l’encontre des idées reçues. Par exemple, la part de personnes qui se déclarent très satisfaites de leur vie en général n’est pas maximale dans les régions riches ou attractives, mais plutôt dans des régions peu denses telles que l’Auvergne, le Limousin, le Poitou-Charentes ou encore la Bretagne. »

 

On remarque que, parmi les six régions en tête (60 points de plus), quatre d’entre elles sont fortement attractives – Poitou-Charentes, Limousin, Midi-Pyrénées et Aquitaine – mais trois accusent une évolution du PIB en queue de peloton – Auvergne, Bourgogne, Limousin -. L’attractivité, mesurée ici par le solde migratoire, est elle aussi à géométrie variable ou, plus exactement, recouvre des motivations distinctes : d’un côté l’héliotropisme des retraités qui viennent soigner leurs arthrites au soleil corse ou du Languedoc-Roussillon et, d’un autre côté, le dynamisme économique pour les actifs occupés en Midi-Pyrénées, Aquitaine ou Bretagne. Quant aux délices de la sociabilité, chacun se fera sa religion entre un Meursault frais en terrasse à Beaune (20/20 à la Bourgogne) ou une assiette de tripous à Aurillac (20/20 en Auvergne)… 

 

Un regret : nos amis des DOM ne sont pas dans le classement… c’est un peu comme les données du chômage a priori toujours transmises par bateau ou signaux de fumée, donc discrètement évaporées (178 820 Réunionnais au chômage fin juin, en hausse).

 

Un constat : l’obsolescence de ces données puisque, d’ici quelques mois, il faudra refaire tous les calculs avec les nouvelles méga-régions. Démonstration, si l’en est, que cette contribution n’a d’autre ambition que de vivre « ce que vivent les roses, l’espace d’un matin » (Malherbe)… ou, retour à l’introduction, de cette trêve des maillots de bain.

 

Le ciel vous tienne en joie.

 

 

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