Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

On ne peut plus continuer ainsi ! (Philippe LABBE, Le Quotidien, 03 novembre 2014)

3 Novembre 2014, 20:02pm

Publié par mission

Selon Pierre Gattaz, il faut laisser les patrons licencier sans contrainte pour faciliter les embauches. S’agissant de l’emploi des jeunes, le député, PS, Jean-Jacques Vlody, se plaint de la situation « inadmissible de sous-consommation » des contrats aidés à La Réunion et préconise une ouverture « plus large des emplois d’avenir au secteur marchand, notamment le commerce, la vente, le secteur bancaire et l’agriculture. Ces secteurs, à fort potentiel d’emplois, sont, en effet, en attente de pouvoir recruter des jeunes en emplois d’avenir ».

De son côté et pour ces mêmes emplois aidés, le président de Région, UMP, Didier Robert, exhorte à « changer de logiciel ».

Qu’est-ce à dire ? Les collectivités ayant absorbé le plus gros des troupes, pourquoi ne pas faire profiter de ces emplois aidés à d’autres secteurs qui seraient pour le coup demandeurs, comme ceux de la petite enfance ou les maisons de retraite ?

A égrener chaque jour les solutions sociales des élites, patrons et politiques, on hésite entre la dépression la plus sombre et l’éclat de rire le plus rabelaisien. Sur ces trois exemples, infime échantillon d’un trop facile Dictionnaire des idées reçues en matière de politique de l’emploi, on ne peut que constater au mieux l’indigence intellectuelle et la panique morale, au pire le cynisme (« Après moi, le déluge... »).

Car qui pourrait raisonnablement croire que licencier plus facilement répond aux besoins d’embaucher ? Que le secteur dit « marchand » est viable selon ses propres critères s’il ne peut survivre qu’avec des emplois aidés, c’est-à-dire financés par l’argent public qu’il faudrait synchroniquement réduire pour cause de dette et de critères de convergence européens ?

Que les vieux seraient l’avenir des jeunes puisque, si l’hébergement dans le secteur des maisons de retraite est à la charge des personnes âgées, les soins et les prestations liés à la dépendance relèvent de l’APA (allocation personnalisée à l’autonomie) elle-même financée aux deux tiers par le Département et pour un tiers par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie ? Que le secteur de la petite enfance serait un sain gisement d’emplois lui qui (sur) vit de subventions publiques, également celles qu’il faut compresser ?

On tourne en rond. Moins châtié : on pédale dans le vide jusqu’à ce que la loi de la gravitation nous rattrape pour nous faire chuter. On ne sait exactement quand mais on est certain du crash.

« Changer de logiciel » n’est pas refiler la patate chaude à un Etat social vilipendé comme dépensier tout en étant sommé de financer des emplois dans des secteurs déjà sous perfusion, l’agriculture n’étant pas en reste. Mais c’est radicalement (étym. : « aller à la racine ») remettre à plat l’idéologie, cette capacité à apporter des réponses à des questions que l’on n’a pas entendues : une croissance infinie dans un monde fini ? Une libre concurrence de marché dans une économie de subventions ? Une valeur travail à inculquer aux jeunes à coups de CDD et de jobs occupationnels ? Une distorsion criante entre les cumuls de mandats (et leurs émoluments correspondants) des élites politiques et la disette des emplois disponibles ? Un écart grandissant entre les revenus de la rente et ceux du travail (cf. T. Picketty, Le Capital au XXIe siècle, 2013) ? Etc.

La faillite de la démocratie représentative, alimentée chaque jour, semble inéluctable et l’on sait bien qui s’en régale. Sauf à ce qu’à son secours la démocratie participative vienne lui insuffler en bouche-à-bouche et en urgence du sens, de la raison, de l’éthique.

S’agissant de la jeunesse, dont on se demande bien ce qu’elle attend d’ester en justice pour maltraitance, il n’est plus que temps de convoquer des Etats généraux, une nuit du 4 août qui accouche, région par région, de « pactes territoriaux pour l’emploi des jeunes » débarrassés des scories de l’illusionnisme courtermiste et des dogmes mais simplement :

a) fondés sur une nécessité : on ne peut plus continuer ainsi ; b) opposés à l’idée reçue selon laquelle un jeune vaudrait moins qu’un adulte (ce qui justifierait exonérations et primes) et à celle symétrique qu’un « vieux » (senior = 45 ans et plus) serait obsolète (ce qui justifierait son inemployabilité) ; c) animés par les femmes et les hommes de bonne volonté, politiques et chefs d’entreprise inclus.

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