Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

Basta ! (Philippe LABBE, 27 mars 2015)

27 Mars 2015, 15:57pm

Publié par mission

« Le travail fourni par les acteurs de l’accompagnement doit être revalorisé et simplifié. Quand une Mission locale doit remplir entre 20 et 30 dossiers de subventions chaque année pour assurer son financement, c’est autant de temps qu’elle n’a pas à consacrer aux personnes accompagnées. De même, il est indispensable de former les travailleurs sociaux et professionnels de l’accompagnement à la connaissance des structures et des dispositifs afin qu’ils puissent favoriser le recours des jeunes à leurs droits (une Mission locale gère plus de 80 dispositifs d’insertion). »

Qui dit cela ? Le Conseil économique, social et environnemental (p. 42) dans son projet d’avis daté du 11 mars 2015, « Sécuriser les parcours d’insertion des jeunes ».

 

La lecture, infinie, ad libitum, des rapports et avis multiples, répétés et même redondants, est épuisante. Non que ce qui est écrit épuise mais parce que entre ce qui est dit et ce qui est fait chaque jour, à l’échelle des terrains, s’observe le même écart abyssal entre les droits prescrits, par exemple le droit à un travail inscrit dans le préambule de la Constitution de 1946 qui affirme : « Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi », et le droit effectif : 5 millions de demandeurs d’emploi.

Cet écart n’est rien d’autre que l’expression d’un déni de droit, la révélation d’une imposture, l’illustration d’un illusionnisme social. Déni de droit… il est vrai que nous nous y sommes habitués : souvenons-nous qu’en 2005, alors que nos édiles parlementaires votaient un « droit à l’accompagnement » (article 13 de la loi de cohésion sociale) devant explicitement être mis en œuvre par les Missions locales, à quelques centaines de mètres de l’Assemblée nationale Fadela AMARA concoctait un « contrat d’autonomie » pour l’accompagnement des jeunes des ZUS mis en marché public pour les « OPP » (opérateurs privés de placement). Plusieurs Missions locales, d’ailleurs, acceptèrent de candidater à cet appel d’offres… généralement, en plus, pour ne pas être retenues !

 

On trouvera sans aucune difficulté une littérature foisonnante d’auteurs qui ne sont pas que des imbéciles ou des rêveurs, non pas sur l’intérêt, mais sur la nécessité, ne serait-ce que simplement rationnelle sans même parler d’éthique, de prendre en compte la globalité des besoins des personnes, par exemple des jeunes en Mission locale : comment imaginer qu’un placement en emploi soit suffisant s’il n’est étayé d’une stabilité domiciliaire, d’une santé satisfaisante, de possibilités de se déplacer ? Et pourtant, la « logique » (les guillemets pour signifier le paradoxe d’une telle notion face à ce qui se passe) du système est de n’apprécier – « évaluer » - que l’accès à l’emploi : point à la ligne ! garde-à-vous !

 

Les mêmes qui, dans ce système, disposent pourtant du minimum de bagage culturel pour savoir qu’un des facteurs majeurs de dysfonctionnement dans une organisation est le manque de reconnaissance rayent d’un trait, c’est-à-dire ignorent son coût, le travail fait pour aider à accéder à un logement, pour « Bouger pour s’en sortir » ( titre de l’ouvrage d’un collègue universitaire de Rennes, Eric Le Breton), pour se soigner… Ce sont les mêmes qui, en CDI, n’hésitent pas à traiter le logement, la mobilité, la santé, etc. de « problèmes périphériques » à résoudre pour atteindre le Graal d’un « emploi durable » de six mois ou plus… avant de rentrer le soir chez eux en prenant leur voiture après avoir pris un rendez-vous chez le médecin pour soigner leur bobo.

 

Qu’il s’agisse de cette multiplication bureaucratique de conventions à signer, à renouveler, pour joindre les deux bouts (une sorte de denier du culte laïque pour l’insertion des pauvres jeunes) et, toujours sur le fil du rasoir, pour rémunérer celles et ceux qui par leur action quotidienne évitent l’explosion de la marmite sociale, ou de l’incohérence intellectuelle des politiques aussi sectorielles qu’hémiplégiques, le secteur de l’insertion, plus largement de l’intervention sociale et du travail social, butte sur deux écueils : l’égoïsme des inclus et son incapacité à s’organiser pour dire, clamer, « Basta ! »

 

PS1. Quant à la loi NOTRe et la régionalisation rampante des Missions locales qui, passé le coup de feu, semble être le cadet des soucis des professionnels de terrain, quitte à subir le procès de jacobinisme, je persiste et signe… et, ouf, trouve quelques-uns pour lesquels la proximité territoriale n’est pas systématiquement garante de plus de démocratie. Ainsi on peut lire, dans l’excellente collection « La République des idées », Le Nouvel Egoïsme territorial de Laurent DAVEZIES. Ca ne coûte que 11,80 €.

PS2. Ca bouillonne du côté de la Mission locale de Paris… Côté SYNAMI, le tract revendique des points essentiels : équité entre emploi et social, place donnée à la parole des jeunes, des diagnostics de territoire comme source de projets innovants… Via le tract de la CGT, j’apprends avec étonnement que le projet associatif « prône la suppression des postes et la baisse de la masse salariale » : qu’est-ce que cela vient faire dans un projet associatif ? Si, en plus, ce projet « remet en cause les valeurs fondamentales des Missions locales », posons l’hypothèse que celles et ceux en charge de celui-ci n’ont pas exactement compris ce qu’il devrait être. Hélas.

 

 

Païvana (27/03/2015)

Au regard du peu de syndiqués dans les structures ou autrement dit du faible impact de la communication syndicale dans les ou certaines structures, comment mobiliser le réseau ? Qui peut inciter et structurer une mobilisation ?

 

Docinsert2008 (le retour ?…)

A méditer…

Marie-Guite Dufay : "La fusion avec la Bourgogne n'impactera notre organisation que progressivement" – Localtis du 25/03/2015

[Extrait] : « Localtis : Quelles sont les priorités du chantier qui doit conduire à la fusion ?

Marie-Guite Dufay : Nous travaillons d'abord à la continuité du service public au 1er janvier 2016. Il s'agit par exemple de faire en sorte que la paye des agents soit assurée. Nous avons aussi commencé un état des lieux des politiques publiques de nos deux régions, en distinguant les exigences de continuité à court terme et les perspectives de convergence à moyen et long terme. Mais nous n'allons pas procéder immédiatement au rapprochement de toutes nos politiques publiques. Cela relèvera de la responsabilité de l'assemblée qui sera élue en décembre prochain. Nous avons enfin des réponses à apporter à des questions urgentes. Ainsi, les partenaires que nous finançons, tels que les organismes de formation et les missions locales, devront savoir quels seront leurs moyens financiers au 1er janvier prochain. Cela ne va pas de soi aujourd'hui, car les modes de financement de nos deux régions ne sont pas les mêmes. La difficulté est accrue par le fait que la future région ne votera son budget qu'en avril, alors que nos deux régions avaient l'habitude d'un vote de leur budget en décembre. Pour toutes ces raisons, il faudra prévoir des dispositifs transitoires. »

http://localtis.info/cs/ContentServer?pagename=Localtis/LOCActu/ArticleActualite&jid=1250268669140&cid=1250268631768

 

 

 

 

 

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Païvana 27/03/2015 23:51

Au regard du peu de syndiqués dans les structures ou autrement dit du faible impact de la communication syndicale dans les ou certaines structures, comment mobiliser le réseau? Qui peut inciter et structurer une mobilisation?