Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

Que serait un bon accompagnement ? Suivi de Amplifier pour l’émergence, la communication, la cohérence… (Philippe LABBE, 01 mai 2015)

1 Mai 2015, 17:00pm

Publié par mission

Que serait un bon accompagnement ?

 

« Que serait un bon accompagnement de jeune en insertion ? » : c’est la question posée aux professionnels d’une Mission locale : conseillère, M. Taille-Vent, y répond… (les en-têtes de paragraphe sont de nous)

Temporalité.

« Petit à petit l'oiseau fait son nid »

« Le critère de temps est essentiel dans un accompagnement de qualité. Un jeune est un individu en construction. Les neurosciences le prouvent dorénavant, le cerveau lui-même n'a pas fini de se développer avant l'âge de 30 ans. Au cours de ce temps variable d'accompagnement (car chaque être est unique) la posture du conseiller devrait être souple, bienveillante et basée sur l'écoute. »

Confiance.

« Chaque individu a sa place dans la société et peut, s’il se connaît, apporter sa pierre à la construction de notre monde en pleine évolution et même en mutation. Les jeunes sont l'avenir. En les mettant en action, en leur faisant confiance, je pose l'hypothèse qu'ils sont les mieux placés pour apporter les changements positifs adéquats dans tous les domaines de la vie. La confiance mutuelle entre le jeune est son conseiller est donc la base de l'accompagnement de qualité. »

Altérité.

« La confiance en chaque potentiel humain, donc en chaque jeune, est là au cours de l'accompagnement, la base de l'altérité à vivre. La connaissance de soi (par l'éthologie, par les neurosciences qui permettent de comprendre par delà les croyances personnelles ce qu'est simplement l'homme - l'humain) et la compréhension des enjeux majeurs de notre époque devraient par exemple être proposées aux jeunes. »

Acteur.

« Les rendre acteurs c'est les aider à bien réfléchir afin qu'ils prennent eux-mêmes des décisions utiles pour leurs propres vies.

L'accompagnement idéal devrait être hors temps des dispositifs qui, eux, sont rivés aux temps politiques, aux échéances électorales et qui nient la part la plus importante de l'humain : leur individualité, leur singularité, leur soif de bonheur, leur amour pour la vie.

L'accompagnement idéal devrait être truffé de rencontres heureuses entre le conseiller et le jeune et devrait être un modèle d'altérité (l'autre différent de soi a quelque chose à nous apporter, le jeune et son conseiller s'enrichissent mutuellement sur le plan humain). »

Encouragement.

« Le jeune vit ses expériences multiples, son conseiller référent l'accompagne. Il ne s'agit pas de développer une relation de dépendance entre le jeune et son conseiller. Bien au contraire, l'adulte, le professionnel expérimenté devrait encourager le jeune à agir. La confiance en soi que le jeune développera assurément, découlera de ses actions choisies et assumées, de ses propres expériences valorisées au

sein d'un ou de plusieurs groupes sociaux.

Voilà ce que je pense globalement d'un accompagnement qui permettrait à des jeunes de se construire et, donc, de construire leurs vies. »

M. Taille-Vent

 

Amplifier pour l’émergence, la communication, la cohérence…

Philippe Labbé

Interroger les professionnels mais également les jeunes sur ce que serait/devrait être un bon accompagnement, analyser les retours, les synthétiser en identifiant les principes, les postures, les finalités, les conditions temporelles et matérielles, etc. tout ceci constitue à l’échelle d’une Mission locale un bonne démarche qui, d’ailleurs, est systématique dans une dynamique de projet associatif de structure.

Rêver un peu.

On peut rêver un peu et imaginer un tel travail à une échelle beaucoup plus large, celle de tout le réseau des Missions locales. Ce faisant se constituerait une partie de leur corpus théorique. Rappelons que ce qui distingue un métier d’un emploi est que le premier dispose d’un corpus théorique – des concepts univoques, robustes, transmissibles -, d’une formation commune, d’une déontologie, d’instances propres de régulation… alors que l’emploi n’est qu’un contrat (« de subordination ») avec des tâches à exécuter qui font appel à des compétences (cf. les « emplois-repères » de la convention collective nationale).

Outre cette production réticulaire, un tel travail s’appuierait sur ce qui a déjà été fait qu’il s’agisse des réflexions souvent issues des ARML, des productions de l’ex-DIIJ (au fait, où sont-elles passées celles-là ? La DIIJ, avant sa brutale suppression le 24 décembre 2002 par le gouvernement Raffarin, avait produit des documents s’inscrivant dans une démarche « qualité »…), de la littérature scientifique sur le sujet : Maela Paul, 2004, L’accompagnement : une posture professionnelle spécifique, Paris, L’Harmattan ; moi-même en 2012 avec « L’accompagnement socioprofessionnel (ASP) : une construction systémique (INJEP, « Les cahiers de l’action ») ; etc.

Pour l’émulsion.

Disposer d’un corpus théorique… écrivant cela, j’ai bien conscience qu’une proportion conséquente de lecteurs va immédiatement s’évaporer, associant « corpus théorique » à « abstrait », « secondaire » (« mon bon monsieur, il y a bien d’autres choses à faire ! »), voire « bon pour les penseurs, pas pour les panseurs ». Et pourtant… comment imaginer que l’on puisse communiquer sans parler le même langage ? Comment penser l’action en la dissociant de la réflexion ?

Car ne pas s’accorder le temps nécessaire d’une grammaire et d’un vocabulaire communs c’est s’aménager un rôle d’agent, agi par le système, alors qu’il faudrait être acteur, agissant sur le système. C’est mettre en place les conditions de l’incommunicabilité entre professionnels, chacun entendant ce qu’il veut derrière le même mot : une communauté, un réseau exigent d’échanger, de se comprendre, d’user de codes communs. A défaut, pour chaque Mission locale toutes les autres Missions locales deviennent des concurrentes puisque, selon Montaigne, « Chacun appelle « barbarie » ce qui n’est pas de son usage ». C’est ne pas respecter l’égalité de traitement, un des critères de la mission de service public, car si chacun fait selon sa connaissance nécessairement incomplète (« rationalité limitée ») comment croire que cette égalité sera effective ? L’égalité de traitement n’est pas seulement à garantir au sein de la Mission locale mais entre toutes les Missions locales d’une même République.

Pour la complexité.

Oui, il manque l’émulsion d’un réseau. Il manque une doctrine issue du terrain et, comme la nature a horreur du vide, la doctrine hétéronome sous forme d’injonctions, de prêt-à-penser, occupe l’espace ne laissant aux Missions locales que la possibilité, pour celles qui le veulent, d’une toute petite marge d’autonomie, à leurs seules échelles. Une pensée « disjonctive », selon les termes d’Edgar Morin, alors qu’il faudrait une pensée « complexe » qui relie, qui interagisse, qui produise de l’émergence, de la communication, de la cohérence.

Mais, bis repetitas, mon bon monsieur, il y a bien d’autres choses à faire !

Le ciel vous tienne en joie.

 

 

 

 

 

Cédric  08-26-2015 

Très bel article... Ce retour réflexif sur nos pratiques, cette confrontation entre pairs, permettrait en outre à chacun(e) de se construire une identité professionnelle, une éthique.C'est aussi de cette émulsion de réseau que naîtrait cette dynamique nous permettant de promouvoir et de faire grandir notre autonomie, cet marge de manœuvre, cet espace de liberté tant nécessaires afin de fuir ces injonctions, ces "prêt-à-penser". Le respect de l'altérité de celui qui nous fait face ne pourra passer que par le respect de la notre.
 

 

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Cédric 26/08/2015 17:22

Très bel article... Ce retour réflexif sur nos pratiques, cette confrontation entre pairs, permettrait en outre à chacun(e) de se construire une identité professionnelle, une éthique.C'est aussi de cette émulsion de réseau que naîtrait cette dynamique nous permettant de promouvoir et de faire grandir notre autonomie, cet marge de manœuvre, cet espace de liberté tant nécessaires afin de fuir ces injonctions, ces "prêt-à-penser". Le respect de l'altérité de celui qui nous fait face ne pourra passer que par le respect de la notre.