Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

BHL, Manaudou et Dubosc sont en vacances. (Philippe LABBE, 29 juillet 2015)

29 Juillet 2015, 09:28am

Publié par mission

 

C’est la trêve des maillots de bain et, comme il semblerait que beaucoup de compatriotes insécurisés sont restés dans les frontières de l’Hexagone, je me suis « amusé » à faire une exploitation de données issues du rapport 2014 de L’Observatoire des Territoires, volumineux document en deux tomes pour au total 214 pages… ouf ! C’est une production toute récente du Commissariat général à l’égalité des territoires (soit CGET… à ne pas confondre avec la Cégète !). On peut d’ailleurs aller sur le site : http://carto.observatoire-des-territoires.gouv.fr

 

L’idée est que, si bien sûr vous allez dans une région pour y visiter les châteaux (version BHL en chemise blanche échancrée), ou y faire du canyoning (version Florent Manaudou avec son gel de douche) ou encore sautiller dans une piscine face à un gentil animateur (version Franck Dubosc en marcel rose), vous pouvez ne pas bronzer idiot et connaître l’avis des autochtones sur leur qualité de vie ici, dans cette région qui est la leur. Il s’agit donc de bien-être subjectif : « … la mesure du bien-être subjectif repose sur l’évaluation que chacun fait de sa vie, prise dans son ensemble ou bien distinguée en différentes composantes (santé, éducation, situation vis-à-vis de l’emploi, etc.). » (CGET)

 

Parmi les très nombreux indicateurs disponibles, j’en ai (très arbitrairement mais c’est comme ça) sélectionné quatre auxquels j’ai ajouté le solde migratoire (différence entre les arrivées et départs), pour ce qu’il révèle de l’attractivité régionale, et l’évolution du PIB (produit intérieur brut) sur la période 1990-2011. Ces quatre indicateurs sont le logement et l’environnement, la sécurité de l’emploi, la sociabilité et relations avec les proches, famille et voisins, enfin la vie quotidienne.

 

Les données régionales sont ventilées ici sur une échelle de pourcentages à cinq paliers (échelle dite « de Likert »). Par exemple pour le logement et l’environnement, 40,7% et plus de personnes satisfaites, de 39,2% à 40,6%, de 38,6% à 39,1%, de 37,7% à 38,5%, de 36,5% à 37,6% et moins de 36,4%.  Aux régions du palier où la satisfaction est la plus élevée, j’ai attribué la valeur arithmétique 20/20 (c-à-d « très satisfait ») ; à celles du palier inférieur (« plutôt satisfait ») 15/20 ; à celle intermédiaire (« satisfait-insatisfait ») 10/20 ; à celle en-dessous (« plutôt insatisfait ») 5/20 et à la dernière (« très insatisfait ») 0/20. Sans doute, faudrait-il très longuement pondérer ce palmarès, tant par le classement où 1 ou 2% font passer d’une catégorie à une autre que par la subjectivité inhérente de ces items… sans même évoquer le fait que, pour un même indicateur, par exemple le logement, on répondra différemment selon que l’on est très bien ou très mal doté économiquement : ainsi les appréciations sur le logement en Ile de France, région qui obtient 0/20, varient-elles du tout au tout selon que l’on vit seul avec le SMIC ou que l’on est rentier dans un appartement familial à Neuilly. Et comme il y a plus de pauvres que de riches, puisque « Les riches, au fond, ne sont jamais qu’une minorité de pauvres qui ont réussi » (Pierre Desproges), il est logique que l’item du logement en Ile-de-France obtienne un zéro pointé. S’agissant des deux autres indicateurs, solde migratoire et PIB, je n’ai retenu ici que les régions avec les résultats les plus accentués.

 

Bref, mea culpa, cette contribution pourrait être déconstruite en un coup de sabre, même pas : de canif, épistémologique… si elle n’avait comme seule ambition que de divertir, un peu à la façon des mots croisés sur la plage ou des feu tests du Nouvel Obs, l’été, où, lorsque vous aviez coché « chien » à votre animal préféré et « sucre » avec votre café, vous aviez toutes les chances d’être de droite alors que si vous aviez répondu « chat » et « sans sucre » vous rejoigniez la gauche (authentique)…

 

Les scores régionaux…

Région

Logement

Emploi

Sociabilité

Vie quot.

Total pts

Solde migratoire

Evolution PIB

Poitou-Charentes

20

5

20

20

65

+

 

Auvergne

20

5

20

20

65

 

-

Bourgogne

20

10

20

15

65

 

-

Limousin

20

0

20

20

60

+

-

Midi-Pyrénées

15

20

15

10

60

+

+

Aquitaine

15

15

15

15

60

+

 

Bretagne

15

10

15

20

50

+

 

Centre

10

15

10

15

50

 

 

Pays de Loire

5

15

10

15

45

 

+

Alsace

5

20

5

10

40

 

 

Basse Normandie

15

0

15

10

40

 

 

Franche Comté

10

10

10

10

40

 

 

Rhône Alpes

0

20

5

5

30

 

 

Lorraine

5

15

5

5

30

-

-

Languedoc-Rous.

10

0

10

5

25

+

+

Ile de France

0

20

0

0

20

-

 

Champagne-Ard.

5

5

5

5

20

-

-

Haute Normandie

0

10

0

5

15

-

 

PACA

0

5

5

0

10

 

 

Picardie

5

5

0

0

10

-

-

Corse

10

0

0

0

10

 

+

Nord Pas de Calais

0

0

0

0

0

-

 

 

Pour le CGET, « De manière générale, deux critères différencient nettement les régions entre elles : la satisfaction par rapport au logement et à la sécurité de l’emploi. Viennent ensuite la satisfaction issue des loisirs et de l’emploi, puis des relations avec les proches et, enfin, la satisfaction globale dans la vie. Lorsque tous ces critères sont pris en compte, cinq régions se distinguent des autres par un niveau de satisfaction globale des habitants assez bas (Île-de-France, Picardie, Nord Pas-de-Calais, PACA et Corse).

Quant aux autres régions, elles diffèrent entre elles par des écarts faibles mais non négligeables, qui vont parfois à l’encontre des idées reçues. Par exemple, la part de personnes qui se déclarent très satisfaites de leur vie en général n’est pas maximale dans les régions riches ou attractives, mais plutôt dans des régions peu denses telles que l’Auvergne, le Limousin, le Poitou-Charentes ou encore la Bretagne. »

 

On remarque que, parmi les six régions en tête (60 points de plus), quatre d’entre elles sont fortement attractives – Poitou-Charentes, Limousin, Midi-Pyrénées et Aquitaine – mais trois accusent une évolution du PIB en queue de peloton – Auvergne, Bourgogne, Limousin -. L’attractivité, mesurée ici par le solde migratoire, est elle aussi à géométrie variable ou, plus exactement, recouvre des motivations distinctes : d’un côté l’héliotropisme des retraités qui viennent soigner leurs arthrites au soleil corse ou du Languedoc-Roussillon et, d’un autre côté, le dynamisme économique pour les actifs occupés en Midi-Pyrénées, Aquitaine ou Bretagne. Quant aux délices de la sociabilité, chacun se fera sa religion entre un Meursault frais en terrasse à Beaune (20/20 à la Bourgogne) ou une assiette de tripous à Aurillac (20/20 en Auvergne)… 

 

Un regret : nos amis des DOM ne sont pas dans le classement… c’est un peu comme les données du chômage a priori toujours transmises par bateau ou signaux de fumée, donc discrètement évaporées (178 820 Réunionnais au chômage fin juin, en hausse).

 

Un constat : l’obsolescence de ces données puisque, d’ici quelques mois, il faudra refaire tous les calculs avec les nouvelles méga-régions. Démonstration, si l’en est, que cette contribution n’a d’autre ambition que de vivre « ce que vivent les roses, l’espace d’un matin » (Malherbe)… ou, retour à l’introduction, de cette trêve des maillots de bain.

 

Le ciel vous tienne en joie.

 

 

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