Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

Travailler plus, gagner moins. (Philippe LABBE, 14 juillet 2015)

14 Juillet 2015, 15:46pm

Publié par mission

Le 13 mai dernier, la Commission européenne a rendu public un rapport concernant « le programme national de réforme de la France pour 2015
et portant avis du Conseil de l’Europe sur le programme de stabilité de la France pour 2015 » (1). Sa lecture est édifiante mais, au moins, on comprend où l’on va.

« Des mesures ont été prises pour réduire le coût du travail et améliorer les marges bénéficiaires des entreprises, notamment le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi de 20 milliards d'€ et l'allègement des cotisations patronales de 10 milliards d'E€ supplémentaires prévu dans le cadre du pacte de responsabilité et de solidarité. Ces deux mesures, qui représentent 1,5 % du PIB, devraient contribuer à combler l'écart entre la France et la moyenne de la zone euro concernant le coin fiscal sur le travail. » Pour les pioupious ignorant le vocabulaire « techno », le « coin fiscal » correspond au coût total d’un salarié. Une fois ceci précisé, on comprend que l’harmonisation fiscale entre les pays européens s’entend, du côté de la Commission, comme un alignement vers le bas : l’Europe sociale, c’est l’Europe moins sociale. Il suffit de le savoir. Un objectif de SMIC mensuel à 182 €, comme en Bulgarie, doit en faire rêver plus d’un à Bruxelles.

 

La mise en œuvre de ces mesures devrait se poursuivre en 2016 mais la Commission estime que « compte tenu de leur coût élevé pour les finances publiques, il est important d'évaluer leur efficacité au niveau des entreprises. » On se dit naïvement que la logique espérée est celle d’un gagnant-gagnant, c’est-à-dire  qu’on attend des 30 milliards d’€ (crédit d’impôt compétitivité + pacte de responsabilité) leur contrepartie en termes d’embauches… ce que Gattaz avait d’ailleurs promis allant jusqu’à s’afficher avec un badge « Un million d’emplois ». Que nenni ! Pour la Commission, « cette évaluation devrait particulièrement tenir compte des rigidités affectant le marché du travail et le marché des produits, et tout spécialement celles affectant les salaires. Le coût du salaire minimum reste élevé si on le compare à celui des autres États membres. Le salaire minimum continue d'évoluer d'une manière qui n'est pas propice à la compétitivité et à la création d'emplois. De plus, dans un contexte d'inflation faible, son indexation automatique pourrait conduire à des hausses de salaires supérieures à ce qui est nécessaire pour préserver le pouvoir d'achat. » Comprenons par « rigidités affectant le marché du travail » le code du travail, les protections sociales… et le salaire minimum bien entendu trop élevé : pas propice à la création d’emplois ». Il est à peu près certain que, si par exemple le SMIC était divisé par deux, les employeurs seraient un peu plus disposés à embaucher. Si en plus on leur garantissait une flexibilité maximale (exit le code du travail, welcome aux accords de branche, si possible d’entreprise, négociés comme on l’imagine dans des conditions d’égalité juste et parfaite entre employeurs et salariés), ce serait le retour au quasi plein emploi.

 

Exagération ? La Commission précise : « La France devrait prendre des mesures résolues pour supprimer les seuils réglementaires prévus par le droit du travail et les réglementations comptables qui limitent la croissance de ses entreprises, au premier rang desquelles les PME. Réviser le cadre juridique régissant les contrats de travail pourrait aider à réduire la segmentation. Les réformes menées récemment n'ont donné aux employeurs que peu de possibilités pour déroger aux accords de branche. Cela limite la capacité des entreprises à moduler leurs effectifs en fonction de leurs besoins. Il conviendrait d'accorder aux branches et aux entreprises la possibilité de déterminer de façon flexible, au cas par cas et après négociations avec les partenaires sociaux, s'il y a lieu de déroger à la durée légale du travail de 35 heures par semaine. »

 

Travailler plus, gagner moins n’est plus une plaisanterie mais une perspective : on en viendrait presque à regretter l’ex-président, c’est dire !  Nous vivons une époque épique.

Le ciel vous tienne en joie.

 

(1) http://ec.europa.eu/europe2020/pdf/csr2015/csr2015_france_fr.pdf  

 

 

 

 

Fournier  (03/09/2014)

Et quand on rapproche ces recommandations des propositions du médef, c'est à croire que Junker a demandé à Gattaz de les rédiger. Qu'on en juge :

- Revoir le cadre légal de la durée du travail
- Repenser le contrat de travail pour diminuer la « peur de l’embauche ». (des martyrs, on vous dit !)
- Alléger les impôts locaux et maîtriser leur évolution.
- Instituer un plafonnement général des impôts payés par les entreprises, que ce soit en fiscalité nationale ou locale,
- Revoir les seuils existants, simplifier la représentation du personnel en négociant avec les partenaires sociaux avant la fin de l’année en vue d’une « modernisation du dialogue social ».
- Travailler sur un salaire transitoire d'accès à l'emploi, destiné à certaines populations très éloignées de l'emploi qui pourrait être complété par des allocations sociales afin de garantir un pouvoir d'achat équivalent au SMIC (dégommage du smic)

http://gesd.free.fr/medefmillion14.pdf

Moi j'dis, avec Manu, on se sent rassuré !

 

 

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Fournier 03/09/2015 22:26

Et quand on rapproche ces recommandations des propositions du médef, c'est à croire que Junker a demandé à Gattaz de les rédiger. Qu'on en juge :
- Revoir le cadre légal de la durée du travail
- Repenser le contrat de travail pour diminuer la « peur de l’embauche ». (des martyrs, on vous dit !)
- Alléger les impôts locaux et maîtriser leur évolution.
- Instituer un plafonnement général des impôts payés par les entreprises, que ce soit en fiscalité nationale ou locale,
- Revoir les seuils existants, simplifier la représentation du personnel en négociant avec les partenaires sociaux avant la fin de l’année en vue d’une « modernisation du dialogue social ».
- Travailler sur un salaire transitoire d'accès à l'emploi, destiné à certaines populations très éloignées de l'emploi qui pourrait être complété par des allocations sociales afin de garantir un pouvoir d'achat équivalent au SMIC (dégommage du smic)
http://gesd.free.fr/medefmillion14.pdf
Moi j'dis, avec Manu, on se sent rassuré !