Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

Question de Conseil Consultatif Jeunes. A toutes fins utiles… (Philippe LABBE, 29 août 2015)

29 Août 2015, 08:53am

Publié par mission

Une fois n’est pas coutume mais, enfin, puisque cela correspond à une préoccupation que j’ai maintes fois exprimée, sur mon ancien blog (toujours accessible même s’il est inactif : https://plabbe.wordpress.com - 600 articles disponibles…) et dans la presse (ASH, Lien social…) et ayant récemment été sollicité sur ce thème par une Mission locale, je m’autorise une information sur un « produit » de formation susceptible de retenir l’attention : il s’agit de l’expression des jeunes au sein d’une Mission locale en tant qu’acteur collectif, et non en tant que sujet singulier… ou, formulé différemment, comment « Concevoir, organiser et animer une instance de type Conseil Consultatif Jeunes ». Je présente ce « produit » (des guillemets car j’éprouve toujours des difficultés à recourir au vocabulaire marchand, c’est ainsi) qui est le fruit de cogitations personnelles mais, surtout, d’observations et d’expériences vécues avec des pioupious de Mission locale (une pensée pour mon ami Fred, responsable de secteur de l’antenne la plus méridionale du monde, dans cet hémisphère sud où les gens parviennent bizarrement à marcher la tête en bas sans tomber dans le vide sidéral). Ceux-ci, ici et là, ont compris que cette place des jeunes dans la structure était un marqueur important de l’identité des Missions locales qui se refusent à n’être que des copier-coller (« opérateurs ») pour jeunes de cabinets de placement, des sortes de chasseurs de bras, plus que de têtes, pour des « publics » aux CV microscopiques, ou encore des couvercles posées sur une marmite où éclatent sporadiquement les bulles de la révolte de celles et ceux qui résistent à la tentation de la servitude volontaire.

 

Voici donc une offre de formation - présentée comme telle - que, pour motif de retraite (qui a dit « Bon débarras au fond de la salle ! » ?) et sauf amicales exceptions, je ne réaliserai pas mais pour laquelle un- fringant et sympathique - collègue, associé de notre SCOP et ex-cadre de Mission locale, pourra se mobiliser.

 

I. Eléments problématiques. De quoi s’agit-il ?

L’approche globale, c’est-à-dire la prise en compte de la multidimensionnalité des besoins et aspirations de chaque jeune, est le concept-pivot des Missions locales. Si l’emploi, le logement et la santé occupent une place importante dans l’action de celles-ci, on peut constater que la citoyenneté est un thème moins développé, sinon via des informations sur l’accès aux droits ou dans le cadre d’expérimentations (FEJ, Dexia…). Pourtant la citoyenneté est essentielle dans la mesure où elle est la capacité d’évoluer et de s’impliquer dans la vie sociale : la sociabilité – relations avec les autres – et le sociétal – participation active au fonctionnement et au changement de la société -. Notons que la Garantie Jeunes a fait bouger les lignes en permettant de s’émanciper de l’entretien individuel en face-à-face dans l’alcôve du conseiller référent… et c’est tant mieux !

Alors que la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem vient d’annoncer un important plan d’enseignement moral et civique (EMC) du primaire au collège jusqu’au lycée, il semble nécessaire, sinon impératif, qu’enfin les Missions locales – filles de l’éducation populaire - accordent à la citoyenneté une place dans leur offre de services… et plus : dans leur projet associatif. Pour cela, l’hypothèse centrale est que le temps du parcours en Mission locale ne peut faire l’économie d’être également celui de l’apprentissage de la citoyenneté, du débat, de la formation de l’esprit critique… toutes choses préventives vis-à-vis de dérives telles que la passivité, le consumérisme ou le sectarisme.

 

II. Objectifs pédagogiques. Que visons-nous ?

Cette formation vise un objectif majeur : permettre aux participants de concevoir, d’organiser et d’animer une instance de type « Conseil Consultatif Jeunes » (CCJ) ou Conseil Citoyen Jeunesse.

- La conception implique de comprendre les enjeux et de répondre aux (habituelles) objections : représentativité, labilité et turn-over… 

- L’organisation recouvre la connaissance d’autres fonctionnements de CCJ et l’adaptation de ces modèles aux particularités de chaque Mission locale.

- L’animation permet d’être doté des compétences et des outils pour que le CCJ soit une instance active de propositions, de réalisations et de coéducation.

 

III. Durée.

La formation se déroule sur 4 jours, soit deux sessions de deux jours espacées d’un ou deux mois.

 

IV. Public

Conseillers, chargés-ées de projet, chargés-ées d’animation.

 

V. Contenu.

 

Nota bene : chaque séquence recouvre un apport théorique et/ou méthodologique suivi d’une mise en débat à partir des opinions, expériences et analyses des participants.

 

Va. 1ère session (2 jours)

Introduction : présentation du formateur, des participants, du programme et de ses objectifs. Explicitation par les participants de leurs attentes et de leurs expériences dans le domaine.

Clarification : ce qu’est la citoyenneté qui ne se limite pas au vote mais qui, avec le Sujet, l’Acteur et le Producteur, fait intervenir le Citoyen, ces quatre personnages constituant l’individu dans sa globalité. Les diverses facettes de la citoyenneté : connaître les institutions, être contributeur et pas seulement consommateur, s’entraider, s’engager.

Les obstacles habituels : le temps (toujours insuffisant), le financement (toujours fléché sur l’emploi et la formation), les compétences (de l’entretien en face-à-face à l’animation de groupe), la représentativité (confusion entre démocraties participative et représentative), le turn-over (des jeunes qui ne restent pas).

Quelques expériences de CCJ présentant des caractéristiques distinctes d’objectifs, de moyens, d’organisation et de résultats.

Mise en situation de conception : les participants sont ventilés en deux ou trois groupes, chacun d’entre eux devant concevoir un CCJ, des finalités aux activités, du règlement intérieur à son mode d’animation. Présentation des hypothèses de CCJ et mise en débat avec des questions : comment mobilise-t-on les jeunes ? quel feed-back sur les propositions ? quelles productions du CCJ ? quel financement pour des activités ? quelle place institutionnelle dans la Mission locale ? quel animateur (jeune et/ou conseiller) ? Etc.

Conclusion de la 1ère session : évaluation à mi-parcours. Durant l’intersession, chaque participant présente à sa direction et/ou à l’équipe les hypothèses de mise en place d’un CCJ adapté à sa Mission locale, recueille les avis et prépare un premier modèle de CCJ répondant aux suggestions et orientations de la structure.

 

Vb. 2ème session (2 jours)

Présentation par chaque participant du modèle de CCJ souhaité par sa structure. Analyse critique, suggestions.

Travail de production en sous-groupes : écriture d’un règlement intérieur (avec variantes selon les modèles), diaporama de présentation d’un CCJ, questionnaires d’enquête réappropriables par les jeunes futurs membres de CCJ (« Votre santé », « Connaissez-vous votre commune ? », etc.), fiche de prescription interne du conseiller référent (pour un jeune isolé ayant besoin d’être inclus dans un groupe)… Présentation des travaux, débat, mutualisation.

L’évaluation d’un CCJ : quelles sont les valeurs ajoutées de cette instance ? Méthodologie d’évaluation de CCJ.

Au terme de cette session, chaque participant disposera d’une documentation numérisée sur clé USB fournie constituant les matériaux qu’il pourra mobiliser pour organiser et animer le CCJ.

Evaluation de la formation : orale collective et individuelle (questionnaire standard Uniformation).

 

VI. Animation

Stéphane MABON, formateur de PENNEC ETUDES CONSEILS, ex-cadre de direction de Mission locale, disposant d’une très bonne connaissance des Missions locales dans le cadre d’actions d’accompagnements, d’études et de formations (dont l’ANC « Observation du territoire et des jeunes vers l’ingénierie de projet »).

Cette formation est supervisée et étayée par Philippe LABBE.

 

VII. Budget

Coût sur la base financière d’Uniformation.

 

VIII. Bibliographie

Badie Bertrand, Perrineau Pascal, Le citoyen, 2000, Paris, Presses de Sciences Po.

Bidet Alexandra, L’engagement dans le travail, 2011, Paris, PUF.

Bobineau Olivier, Les formes élémentaires de l’engagement. Une anthropologie du sens, 2010, Paris, Temps Présent.

Citoyen en quel état ? Revue Projet n° 233, 1993.

CNRS, 2004, Engagement social et politique dans le parcours de vie, Revue Lien social et politique n° 51.

Critchey Simon, Une exigence infinie. Ethique de l’engagement, politique de la résistance, 2013, Paris, François Bourin Editeur.

Fillieule Olivier, Péchu Cécile, Lutter ensemble. Les théories de l’action collective, 1993, Paris, L’Harmattan.

Gedisst, Précarisation et citoyenneté, Cahiers du Gedisst n° 23, Paris, L’Harmattan.

Le Pors Anicet, 2004, La citoyenneté, Paris, PUF, « Que sais-je ? »

Schnapper Dominique, 2000, Qu’est-ce que la citoyenneté ? Paris, Gallimard.

Schnapper Dominique, 1994, La communauté des citoyens, Paris, Gallimard.

Schnapper Dominique, 2002, La démocratie providentielle, Paris, Gallimard.

 

P.S. Beaucoup de Schnapper, certes, pas parce que c’est la fille de Raymond Aron mais parce que elle est une, sinon « la » référence pour ce thème…

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