Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

Montrer la voie pour ne pas monter la voix ! 2/4 (Philippe POURTALET, Septembre 2015)

13 Septembre 2015, 09:23am

Publié par mission

2. Le chemin de je crois…

 

Papa d’une enfant aujourd’hui âgée de 7 ans et diagnostiquée autiste, moi-même en fin de cursus de  formation Diplôme Universitaire « Autisme et autres troubles du développement » à la faculté Jean Jaures de Toulouse, je m’aperçois aujourd’hui combien « la sanction » est inopérante, voire contreproductive.

Je m’en rends compte en prenant exemple sur mon expérience personnelle au cours de laquelle l’application, par le passé, de mesures pédagogiques ayant l’ambition de « corriger » un comportement de ma fille que je jugeais « inopportun » ou « déplacé » ont pu être « dérangeantes » pour elle.

En premier lieu par méconnaissance évidente de ce qui se « passait en elle » puis, lorsqu’un « sparadrap a pu être collé sur son apparat » autrement dit « une étiquette apposée sur son handicap », une incompréhension patente des mécanismes d’apparition ou de fonctionnement qui le sous-tendaient…

La sanction, réponse que j’employais alors lorsque j’avais le sentiment d’avoir fait le tour du peu de solutions effectives dont je disposais pour contrecarrer ses excès et « accès de fureur », pouvait prendre plusieurs formes :

De la punition imposant l’arrêt brutal et définitif d’une activité en passant sans transition par l’éloignement, à la formulation d’injonctions ou de remontrances où mes « gros yeux » rencontraient l’incompréhension de son regard avec, en dernier recours épuisé par l’inopérance de cet « arsenal de guère », la colère signifiant surtout mon incapacité « proclamée » et intransigeante à agir de façon adaptée et tempérée... Une espèce de « chemin de je crois » que je parcourais seul livré à mes doutes et inaptitudes du moment par défaut de soutien auquel, nous parents, devons régulièrement faire face  pour ne pas avoir à la perdre !

 

Malheureusement, l’on peut imaginer que ces attitudes n’étaient d’aucun effet dans l’atteinte d’un résultat probant et d’une évolution positive de sa conduite n’ayant pour effet sur le moment que de venir renforcer ce que l’on appelle communément les troubles du comportement tels que les cris, les écholalies, de l’auto-violence… 

On voit bien ici que la non prise en compte de la totalité de l’état émotionnel de l’enfant, avec parfois en sus les projections personnelles de l’adulte, peut engendrer chez lui incompréhension, frustration, doute, stress, peur… une palette de ressentis « négatifs » qui rejaillit ainsi forcément sur son comportement et a des conséquences sur le long terme qui seront plus difficilement rattrapables.

Elles produisent donc l’effet contraire à celui voulu puisque l’enfant a tout intérêt à renouveler ce type d’expérience.

 

C’est pourquoi aujourd’hui, et avec mon recul de « père en création » se hasardant au plein exercice de sa fonction parentale, je m’appuie sur les compétences acquises par l’expérience et, plus particulièrement, par la formation. Cette entrée progressive dans les savoir-faire me permet ,à l’heure actuelle, de dire qu’il n’est d’aucune utilité de chercher à mettre de côté l’enfant, le gronder, qu’autre exemple l’adulte entre dans un jeu psychologique en partant de présupposés, les siens, mais bien plus qu’il tente de formuler, entre les mots fragiles, les non-dits, les regards soutenus ou détournés, les attitudes de fuite ou d’opposition, ce qui s’exprime de façon atypique !

Le challenge de l’accompagnant se place à ce niveau d’exigence avec pour ambition que l’enfant perçoive dans cette approche la ressource d’avancer, de « croquer la vie », de dire « stop » quand c’est de trop pour lui, qu’il nous interpelle par son être criant de vérité, tout à la fois construit d’entièreté et de multitude, et quand bien-même de fragments, d’espacements, d’échouement… Que le réflexe « premier », pris dans le sens « des origines », est de se remémorer que chacun d’entre nous est le reflet, l'essence même de la vie dans ce qu'elle propose de pionnier ou de plus élaboré, de « séquencé » ou de plus fluide, pour finir d'élévation et de subtile réalisation que traduit l’âme dans son immense singularité… 

 

 

(à suivre)

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