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Montrer la voie pour ne pas monter la voix ! 4/4 (Philippe POURTALET, Septembre 2015)

2 Octobre 2015, 07:33am

Publié par mission

4. La nécessité d’associer la compétence parentale.

 

Pour que ces méthodes produisent leur meilleur effet et répondent au plus près aux besoins de ces enfants différents, il est important, voire indispensable :

 

1) De s’appuyer en parallèle, et avec la même implication pour le professionnel, sur ce qu’est capable de proposer l’enfant même s’il n’en paraît rien de loin. Cela nécessite d’être en éveil constant afin de se saisir de chaque lancement, de chaque opportunité ou piste induits par la personne autiste pour en faire un lieu de rencontre, c.à.d. un lieu de mise à plat des différences où s’exprime, dans une libre adhésion et en toute confiance, ses potentiels émergents. Cette démarche repose sur un état d’esprit qui donne corps et « matière » à ce qui est amorcé, ouvrant le champ des possibles, autorisant toutes les espérances car elle est centrée sur le sujet « objet » de toutes les attentions et permet à la personne de comprendre l’acte qu’elle pose dans son développement.

 

2) D’y associer largement les parents… C’est ce que propose par exemple le programme de Denver (Early Start Denver Model) développé par S. J. Rogers et G. Dawson qui établit un plan d’intervention à court terme (3 mois) en s’adossant sur les compétences émergentes des enfants ainsi que sur les priorités des parents. Ce modèle repose sur un réseau de professionnels où « chacun est invité à faire partie de l’équipe d’intervention et donc à prendre en considération les objectifs » selon l’association Autisme suisse romande qui spécifie : « Les parents jouent un rôle majeur puisqu’ils sont considérés comme étant les membres centraux de l’équipe. »

 

Ce que précise également Mme E. Fulton formatrice certifiée de ce modèle en 2013 :

« L’ESDM encourage les relations en soutenant les familles, s’appuie sur les préférences et les priorités des parents pour guider l’intervention de l’équipe et préparer les parents à une vie de décisions et de soutien. » Cela implique d’après elle que « l’intervention soit pilotée par les relations de la famille avec l’équipe pluridisciplinaire. »

M. Guy Ausloos, psychiatre et psychanalyste exerçant autour de la thérapie familiale, met de son côté en évidence les ressources de la famille et évoque même la terminologie de « famille compétente ».

Pour lui, cela n’implique pas que « la famille sait tout faire » mais qu’elle « possède un savoir-faire, même s’il n’est pas toujours mobilisé et qu’il faut savoir l’exploiter. »

A travers son propos, le maître mot semble la confiance à accorder aux parents mieux placés que quiconque pour comprendre leur enfant et qui, une fois formés, peuvent tout à fait intervenir aux côtés des professionnels dans une synergie complémentaire favorisant la progression de l’enfant.

Le sociologue Bertrand Dubreuil va encore plus loin et évoque quant à lui l’accompagnement nécessaire du projet des parents, « des parents à estimer ». Il renverse même le rapport en parlant de « suppléance des professionnels à la responsabilité éducative des parents » et ceci au regard des besoins spécifiques dus à la situation de handicap :

« S’associer au projet des parents, c’est agir avec les parents, renoncer à son point de vue professionnel sans dissimuler d’éventuelles divergences, même en passant parfois par le conflit », ou encore :

« Il ne s’agit pas d’impliquer les parents dans le projet individuel de leur enfant mais de s’associer au projet éducatif des parents. Le projet élaboré par les professionnels ne peut se construire qu’à partir de ce que les parents ont déjà fait, quelle qu’en soit la qualité, au risque sinon d’invalider les parents dans leur responsabilité éducative et l’expérience de parentalité qu’ils vivent avec leur enfant. »

 

En lisant tous ces propos, on mesure combien associer le savoir-être et les compétences de tous les accompagnants, parents et professionnels réunis dans la poursuite d’un même objectif, permet d’être au plus près des besoins des personnes autistes. Une disposition d’esprit basée sur le respect, le partage et l’écoute des individus concernés et qui fait écho aux besoins en formation et en partage d’expériences des « encadrants » permettant d’éloigner, ou du moins de modérer, dans un même mouvement spectre de la sanction et spectre de l’autisme…

Ce qu’indique encore une fois la HAS dans la rubrique « Formation et soutien des professionnels qui interviennent auprès de l’enfant/adolescent » de son guide :

« L’accompagnement d’un enfant/adolescent avec TED et de ses proches doit être assuré par des équipes formées et soutenues par des professionnels expérimentés…  Les objectifs et le contenu des formations dispensées doivent être adaptés aux missions de chacun. L’effort doit être conduit dès les formations initiales et tout au long de la vie professionnelle... »

 

C’est pourquoi pour conclure, je crois qu’il est important que nous n’attendions plus que les personnes handicapées changent et qu’elles s’adaptent à nos injonctions ou impératifs en s’acclimatant encore et encore à une société de toutes les façons peu préparée à les accueillir… comme si elles ne le faisaient pas assez au quotidien et ce depuis toujours !

Ne demandons donc pas l’impossible à ces personnes et sortons de l’attitude égotique qui consiste à leur en imposer sans cesse plus en ajoutant ainsi parfois à leur handicap les manques manifestes de l’accompagnant qui sanctionne ainsi indirectement, par sa conduite personnelle et ses crispations professionnelles, les personnes différentes…

 

Ce dernier propos est peut-être sévère mais il montre combien il est important que les structures réagissent et que l’Etat leur donne les moyens d’investir auprès de leur personnel dans le secteur de la formation. Il est sévère mais à la hauteur de l’enjeu qui réunit tous les intervenants de la question de l’autisme, et plus largement du handicap, ceci afin de ne plus avoir à entendre en tant que parent d’une petite fille alors âgée à l’époque de 3 ans fréquentant une école « tout ce qu’il y a d’ordinaire » et pourtant soutenue d’une Auxiliaire de Vie Scolaire que : « Votre enfant met en danger la classe ! »

                                                                                 

Références utilisées dans ce texte :

 

Guide de recommandation de bonnes pratiques professionnelles « Autisme et autres troubles envahissants du développement : interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent », Haute Autorité de la santé (HAS) et Agence Nationale de l’Evaluation et de la qualité des établissements et Services sociaux et Médico-sociaux (ANESM) – 2012

DUBREUIL B. – « Avec les parents, quelle démarche partagée auprès de leur enfant ? », les carnets de la Persagotière N° 24-2010, 2010

AUSLOOS G. – « La compétence des familles. Temps, chaos et processus » - Eres - 1995

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