Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

Du financement des missions locales par les Régions. (Philippe LABBÉ)

15 Mars 2012, 17:55pm

Publié par mission

C’est une dépêche de l’AEF en date du 14 mars 2012, « Missions locales : « La permanence de l'action est essentielle », avec une interview de Michel Plaze, nouveau président (depuis novembre dernier) de l'ARML des Pays-de-la-Loire qui vient de signer avec la Région une « convention - cadre qui consolide le financement pérenne des missions locales ».

Michel Plaze, abordant la question du financement des vingt-et-une missions locales de la région, insiste sur « la permanence de l'action » et dénonce la multiplication des expérimentations « aujourd'hui vécues comme la panacée » : « Chacun y va de son appel à projet, avec des contraintes administratives et de suivi aberrantes. Le suivi et l'analyse de ces mesures prennent plus de place que l'action elle-même ! »

A la question de l’ambition de cette convention, le président apporte une première réponse « classique », dirions-nous au regard de la compétence régionale : « … arriver à orienter les jeunes vers des actions d'orientation ou de pré-qualification. » Mais il va plus loin et cela mérite d’être noté car, cette fois, bien plus rare : « L'ARML permet de percevoir la dimension politique globale des missions locales, et pas seulement la somme de l'action des 21 missions locales du territoire régional. La signature de cette convention est une reconnaissance significative de cette dimension politique. »

L’engagement de la Région s’élève à 3,4 millions d’euros, dont une part fixe et une part variable, liée entre autre à la mise en formation des jeunes. « La proportion entre les deux est bonne ; elle permet de renforcer le socle de stabilité du financement des missions locales. C'est d'autant plus important qu'en ce moment, on assiste plutôt à une précarisation du financement des missions locales. Le financement sur objectifs peut être intéressant, mais il ne faut pas oublier que les missions locales ont une mission de service public. Au-delà de 15 % de part variable, ce n'est pas tenable. Surtout que les indicateurs de variabilité sont très changeant, en fonction de l'air du temps, des politiques qui sont mises en avant, etc. »

S’agissant des autres financeurs, Michel Plaze constate que le financement de l’Etat n’évolue pas en 2012 : « C'est une forme de désengagement, puisque parallèlement l'eau, le gaz, l'électricité, les salaires augmentent ! » Et le président de mettre en cause la logique de financements complémentaires et exceptionnels tels que le Plan de relance, l’ANI : « A chaque fois, ces actions reprennent les missions fondamentales des missions locales, sous une forme qui se veut originale, avec des cahiers des charges pas toujours très bien aboutis, qui obligent les missions locales à remettre en place des organisations, des méthodes, un suivi administratif qui engendrent beaucoup de bureaucratie et peu d'efficience. On peut s'interroger sur la pertinence de ces décisions, conjoncturelles, opportunistes, quand il faut un véritable travail de fond sur l'insertion des jeunes, une permanence de l'action, un accueil de qualité, un bon diagnostic, et la construction pas à pas d'un parcours d'insertion. L'expérimentation est aujourd'hui vécue comme la panacée, et chacun y va de son appel à projet, avec des contraintes administratives et de suivi aberrantes. Le suivi et l'analyse de ces mesures prennent plus de place que l'action elle-même ! »

On peut inclure dans ce volet des financements particuliers les expérimentations telles que celles du FEJ (Fonds d’expérimentation jeunes) au sujet desquelles trois réflexions peuvent être faites.

D’une part, elles habituent les missions locales à compenser par des actions exceptionnelles le financement ordinaire de l’insertion, avec ce paradoxe pour ne pas dire contradiction première entre l’exceptionnalité et la continuité, dont on rappellera qu’elle est un des critères définitoires de la mission de service public.

D’autre part, elles privilégient les missions locales dont la masse critique de professionnels est suffisante pour disposer d’une organisation d’ingénierie d’étude (observatoire, cellule d’innovation…).

Enfin, elles introduisent dans la logique collaborative d’un réseau le Cheval de Troie de la mise en concurrence, certaines missions locales étant sélectionnées donc, déductivement, d’autres ne l’étant pas.

Ajoutons à ceci que, comme l’a écrit l’ami Michel Abhervé, plus le temps passe, plus les fonds consacrés du FEJ diminuent en peau de chagrin. http://alternatives-economiques.fr/blogs/abherve/2011/11/23/decidement-jeanette-bougrab-veut-reinventer-les-missions-locales-et-laisse-mourir-le-fonds-dexperimentation-de-la-jeunesse/ Il y avait originellement dans l’idée d’expérimentation quelque chose de dynamique et de chatoyant, résonnant agréablement à l’oreille de structures dont la Charte énonce explicitement un « devoir d’innovation », mais avec le temps on apprend à se souvenir que l’étymologie de séduction est sedire… qui signifie tromper.

Bien, ceci étant et même si comparaison n’est pas raison, expliquons le social par le social et voyons ce qu’il en est du financement des missions locales par la Région Pays de la Loire à partir des données 2009 publiées dans le rapport du CNML.

L’engagement de la Région en 2012 atteint 3,4 millions d’euros contre, en 2009, 3 219 546 euros pour l’activité principale (AP) et les activités spécifiques (AS). L’augmentation 2009-2012 correspond donc à 180 454 euros, soit une moyenne brute par mission locale de 8 593 euros. Cette augmentation représente en taux une progression de 5,6%… qui, assurément, est bien inférieure à la progression des 1ers accueils et des suivis. A titre d’illustration, sur la seule base des JDI, les 21 missions locales recensaient 32 602 jeunes en 2009, soit 11,1% de plus qu’en 2008 !

Seconde observation, la part de la Région dans le financement des missions locales (AP et AS) était en 2009 de 14,5%… alors que la moyenne nationale atteignait 18,4%. Des Régions telles que le Centre, la Champagne-Ardenne, la Franche-Comté, la Haute-Normandie, l’Ile-de-France, le Limousin, la Picardie et Rhône-Alpes dépassent les 20% et, pour certaines (Picardie, Rhône-Alpes), 25%… soit dix points de plus que les Pays de la Loire.

« Peut mieux faire », écrirait-on dans la marge.

 

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RBEAUNEQuelques commentaires en accord ou en désaccord avec Philippe...

Sur le financement des Missions locales : la simple reconduction du budget de l'année précédente équivaut à une baisse des moyens... Je l'ai déjà écrit sur un autre blog, la reconnaissance des Missions locales ne sera effective que sous deux conditions. La première est que leurs budgets incluent l'inflation et la progression des salariés tant au niveau de l'ancienneté que de l'acquisition de compétences... Cette remarque est valable pour tous les financeurs... La seconde condition pour cette véritable reconnaissance est que dans le prochain ministère de ??? la Jeunesse ? l'Emploi ? un membre du réseau soit membre du cabinet du Ministre... Il y en a une troisième encore plus primordiale qui sera dans la réponse à l'article sur l'absence de voix pour les jeunes : que Parours 3 ou 4 devienne un véritable outil d'analyse de la situation des 1.3 millions de jeunes qui fréquentent les Missions locales et non un outil d'analyse de l'activité sur le seul prisem de l'insertion professionnlle et que le réseau des Missions locales permettent cette prise de parole des jeunes, non pas pour parler de leur vécu avec leurs Missions locales, mais de leur situation au quotidien...
Sur le Fonds d'expérimentation pour les jeunes, toutes les missions locales qui ont participé n'ont pas la taille critique de professionnels pour avoir une ingéniérie d'étude... mais gardent cette volonté d'innover pour apporter de nouvelles solutions aux jeunes, pour résister à l'industrialisation (un jeune = un programme = un processus d'accompagnement quantitatif). Cette ouverture est pour moi essentielle pour maintenir une cohésion et un dynamisme de la Mission locale qui est, tout de même, de bien meilleure qualité que la fixation d'objectifs individuels... Le seul bémol que je mettrai est la difficulté ensuite pour le réseau de s'emparer de ces expérimentations et pour peser sur leur extension si elles ont produit des effets bénéfiques... Mais ce devrait être un des rôles de L'Institut Bertrand Schwartz...

 

DENIS (Pioupiou44)D'accord avec toi Régis, l'Institut Bertrand Schwartz devrait servir à cela mais où est l'institut ???

 

P. LABBE - Bonjour
Juste rectification de Régis. J'aimerais toutefois bien connaître les caractéristiques de toutes les ML retenues sur les expérimentations et, bien entendu, pouvoir dégager des valeurs ajoutées mutualisées et même modélisées pour le réseau. On est d'accord sur le rôle de l'IBS, avec Régis et Denis et, pour tout vous dire, je n'ai strictement aucune information. Soit il ne se passe rien, soit ceux qui font quelque chose estiment qu'ils n'ont pas à le dire. C'est une situation, comme dirait l'ex, abracadabracantesque.
Bien à vous.

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Labbé 16/03/2012 22:26

Bonjour
Juste rectification de Régis. J'aimerais toutefois bien connaître les caractéristiques de toutes les ML retenues sur les expérimentations et, bien entendu, pouvoir dégager des valeurs ajoutées
mutualisées et même modélisées pour le réseau. On est d'accord sur le rôle de l'IBS, avec Régis et Denis et, pour tout vous dire, je n'ai strictement aucune information. Soit il ne se passe rien,
soit ceux qui font quelque chose estiment qu'ils n'ont pas à le dire. C'est une situation, comme dirait l'ex, abracadabracantesque.
Bien à vous.

denis pioupiou44 16/03/2012 19:00

D'accord avec toi Régis, l'Institut Bertrand Schwartz devrait servir à cela mais où est l'institut ???

rbeaune 16/03/2012 16:33

Quelques commentaires en accord ou en désaccord avec Philippe...
Sur le financement des Missions locales : la simple reconduction du budget de l'année précédente équivaut à une baisse des moyens... Je l'ai déjà écrit sur un autre blog, la reconnaissance des
Missions locales ne sera effective que sous deux conditions. La première est que leurs budgets incluent l'inflation et la progression des salariés tant au niveau de l'ancienneté que de
l'acquisition de compétences... Cette remarque est valable pour tous les financeurs... La seconde condition pour cette véritable reconnaissance est que dans le prochain ministère de ??? la Jeunesse
? l'Emploi ? un membre du réseau soit membre du cabinet du Ministre... Il y en a une troisième encore plus primordiale qui sera dans la réponse à l'article sur l'absence de voix pour les jeunes :
que Parours 3 ou 4 devienne un véritable outil d'analyse de la sitcuation des 1.3 millions de jeunes qui fréquentent les Missions locales et non un outil d'analyse de l'activité sur le seul prisem
de l'insertion professionnlle et que le réseau des Missions locales permettent cette prise de parole des jeunes, non pas pour parler de leur vécu avec leurs Missions locales, mais de leur situation
au quotidien...
Sur le Fonds d'expérimentation pour les jeunes, toutes les missions locales qui ont participé n'ont pas la taille critique de professionnels pour avoir une ingéniérie d'étude... mais gardent cette
volonté d'innover pour apporter de nouvelles solutions aux jeunes, pour résister à l'industrialisation (un jeune = un programme = un processus d'accompagnement quantitatif). Cette ouverture est
pour moi essentielle pour maintenir une cohésion et un dynamisme de la Mission locale qui est, tout de même, de bien meilleure qualité que la fixation d'objectifs individuels... Le seul bémol que
je mettrai est la difficulté ensuite pour le réseau de s'emparer de ces expérimentations et pour peser sur leur extension si elles ont produit des effets bénéfiques... Mais ce devrait être un des
rôles de 'Institut Bertrand Schwartz...