Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

Jeunes : avec moins d’opportunités ? Altérité, interculturalité… transculturalité. (Philippe LABBE, 22 février 2012). 2/3

29 Février 2012, 20:20pm

Publié par mission

Cet individu est un boulet pour la société.


L’Académie des sciences morales et politiques – où siègent à la « section II : Morale et Sociologie » Michel Crozier et Xavier Darcos et qui, déductivement, n’est certes pas une krypto-officine du NPA - publiait en 2007 un ouvrage intitulé La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse (11). Début 2010, l’Observatoire de la jeunesse solidaire présentait un sondage sous le titre « Cet individu est un boulet sur la société. Un Français sur deux déclare avoir une image négative des jeunes… » (12) Le 4 janvier 2011 et sur une page entière, Le Monde titrait « Les jeunes sont mal partis ». Le 15 septembre 2011, l’OCDE s’alarmait dans un rapport de la hausse du chômage de longue durée et des jeunes, et invitait à investir en faveur des jeunes » (13). Dans la revue Partage de novembre – décembre 2011, on pouvait lire un article avec ce titre : « Les origines du désarroi de la jeunesse » (14) alors que Liaisons sociales de ce même mois de novembre titrait en couverture « Précaires à vie ? »… (15) Depuis des années, il n’est pas une semaine sans qu’un rapport, un livre, un sondage ou un article constate ou alerte sur les conditions déplorables réservées à la jeunesse quant à son accession à l’adultéité (16). A tel point que, lorsqu’on a fait de l’insertion des jeunes son thème de prédilection, on en arrive à une réelle saturation : tout a déjà été tellement dit et redit tant de fois que l’on redoute, sans doute à raison, de ne produire que de la répétition. On se console avec l’adage selon lequel « la répétition est la mère du savoir ». Elle est également, côté précepteur, mère de l’usure et du dépit.


La Grande Régression.


On pourrait relativiser ceci sur le thème « Halte aux Cassandres et déclinologues ! Regardons le verre à moitié plein… » ou sur celui de la conjoncture : « Certes, la situation des jeunes n’est pas rose mais c’est tout un ensemble qui aujourd’hui est sombre. » (17)… et l’on n’aurait pas tort pour cette dernière, sinon explication, du moins pondération car, oui, c’est bien l’ensemble d’un système qui est ébranlé et, comme on le dit désormais, malgré l’antienne des dettes étonnamment dites « souveraines » et avec la pathologie cyclothymique du CAC 40, la crise est systémique… d’ailleurs probablement plus profondément morale que strictement économique. Problème de boussole axiologique qui ne se règlera pas en déplaçant les chiffres sur le cadran d’une « règle d’or ». Toutefois la crise n’a pas plus commencé en 2008 que le triste sort de notre progéniture ne daterait que de trois années. Le début de ce que Jacques Généreux appelle « la Grande Régression » (18) commence avec les années quatre-vingt… et c’est au même moment, 1981 exactement, que Bertrand Schwartz introduit son fameux rapport par cette phrase : « Ce qui les {les jeunes} les unit, c’est leur désespérance devant l’absence de perspectives. » (19)


Des jeunes, des jeunesses… et aussi une jeunesse.


S’il est aujourd’hui quelque chose de « durable » - a-t-on noté l’usage d’autant moins économe de ce qualificatif que son effectivité se réduisait en mythe de chagrin ? - c’est moins l’emploi, qui semble participer d’une queue de comète des représentations du compromis fordiste et des trente glorieuses, que la dureté, elle durable, de la socialisation de la jeunesse… orthographiée volontairement au singulier, contrairement à l’expression sociologique usée jusqu’à la corde, « la jeunesse n’est qu’un mot » (20). Car, s’il est au sujet de l’insertion une différence entre 1981 et 2012, c’est qu’il y a trente ans l’insertion concernait les 220 000 jeunes sortant chaque année du système de formation initiale sans diplôme ni qualification alors qu’aujourd’hui l’insertion est la préoccupation de tous les jeunes : on peut donc agréger ces jeunes en « jeunesse »… exception faite des rares étudiants en droit qui, sans même la licence, peuvent prétendre à la présidence d’un prestigieux établissement public d’aménagement. (21) 


Les pères sévères.


Cette socialisation que chacun s’accorde à reconnaître comme « difficile » (22), « plus compliquée qu’avant », n’incline pourtant pas nos compatriotes à l’indulgence (23). On a pu lire il y a peu de temps un sondage IPSOS selon lequel le jugement des Français sur la jeunesse était sévère (24). Il apparaît ainsi aux yeux de leurs géniteurs, en l’occurrence (pour le coup lacanienne) de leurs « pères sévères », que les jeunes seraient « égoïstes », « paresseux », « intolérants » et qu’ils ne s’engageaient pas. Certes, un sondage ne sonde que les opinions qui, par nature, sont changeantes et, pour atteindre les « paliers en profondeur » (25), il en faut bien plus qu’une exprimée en « oui – non – sans op. ». Cependant observons que, s’il y a déficit d’idéaux (égoïsme plutôt que partage, paresse plutôt que courage, intolérance plutôt que tolérance), cela n’est pas arrivé en « vérité-foudre » telle les langues de feu sur les apôtres le jour de la Pentecôte mais qu’il y a des causes… dont principalement deux étroitement emboîtées : un hiatus dans la transmission et un hiatus dans le modèle d’identification adulte proposé. Le hiatus dans la transmission devrait a minima interroger les émetteurs et pas exclusivement les récepteurs. En d’autres termes, si l’on se plaint d’un déficit d’idéaux parmi les jeunes (en principe récepteurs), on devrait en toute logique s’interroger sur les messages que les adultes (émetteurs) leur ont adressés : entre des adultes pressés dans tous les sens du terme, c’est-à-dire d’une part « comprestressés » par leur travail, d’autre part toujours à sacrifier l’essentiel à l’urgence (en oubliant l’urgence de l’essentiel), et des adultes frappés d’un « jeunisme » qui en fait à peu près tout sauf des modèles d’identification puisque ce sont ces adultes qui s’identifient aux jeunes, force est de constater que l’image adulte (parent ou substitut parental) est sérieusement ébranlée… en tout cas très médiocrement attractive.

Comme l’écrivent Dominique Raimbourg et Philippe Quéré, « Les formes classiques de transmission ont été mises à mal en quelques dizaines d’années. Il nous faut inventer de nouveaux vecteurs de transmission, par exemple en aidant à la parentalité, mais aussi refaire de toute notre société une société éducative et ne pas laisser l’institution scolaire seule face à ce défi. » (26) L’exemple ici cité d’aide à la parentalité révèle en tout cas l’importance des mutations puisque l’exercice de la parentalité ne va plus de soi alors qu’elle fût naturelle des générations durant avec pour tout support, éventuellement, Le contrat social de Rousseau ou, plus communément, J’élève mon enfant de Laurence Pernoud… Ajoutons à ces deux hiatus un « air du temps »… très pollué : grosso modo les Français dans leur jugement sévère ne font que suivre l’évolution d’un Etat qui, de social, s’oriente vers le pénal illustrée, entre autres, par la contestation de l’ordonnance de 1945 du droit pénal des mineurs.


Bizutage.


La volonté « vraie » de la société recouvre-t-elle la réparation d’une injustice faite à la jeunesse par la priorité donnée aux 30-50 ans, les insiders, ou le maintien d’un statu quo, la jeunesse étant considérée comme une sorte de purgatoire, de phase de transition, cependant de plus en plus longue, où le jeune doit faire ses preuves et, à ce titre, subir les épreuves d’un « véritable bizutage social » (27) ?


Alchimie.


La question de la finalité est celle de l’aboutissement de l’insertion professionnelle et sociale : l’intégration. Nous ne reviendrons pas trop ici sur la construction de ce concept que nous avons proposée à de nombreuses reprises. Disons, pour aller vite, que l’intégration repose sur deux piliers, l’indépendance économique et l’autonomie sociale, et que quatre personnages poursuivant leurs propres objectifs, dont les modalités évoluent au fil du temps, se combinent en chaque individu en une toujours singulière alchimie : dans la sphère de l’individuation, le Sujet vise l’accomplissement ; dans celle de la sociabilité, l’Acteur cherche à se lier ; dans celle du sociétal, le Citoyen aspire à l’émancipation ; enfin, dans celle de l’économie, le Producteur veut subvenir à ses besoins, consommer. (28)

Autant le Sujet, l’Acteur et le Citoyen évoluent dans des champs aux périmètres contingentés – le micro pour l’individuation, le méso pour la sociabilité, le macro pour le sociétal - autant l’économie où évolue le Producteur concerne-t-elle toutes ces dimensions parce qu’il s’agit du travail et que celui-ci n’est pas limité à la production puisque travailler renvoie à trois finalités : « instrumentale », comme indiqué pour subvenir à ses besoins et consommer ; « sociale », pour appartenir à une communauté humaine, la reconnaître et en être reconnu ; « symbolique », pour s’épanouir.


La « tune » : un petit intégrateur.


Or que se passe-t-il en ce qui concerne les jeunes dont, plus particulièrement, les jeunes non diplômés et non ou peu qualifiés ? Huit embauches sur dix correspondent à des contrats précaires : CDD, intérim, temps partiels, contrats aidés… Dans ces conditions tout-à-fait objectives, comment penser que, sauf exceptions, ces jeunes vont s’investir autrement que d’un strict point de vue instrumental, c’est-à-dire pour gagner leur vie… ou, plus exactement, pour survivre (29) ? Qui, parmi nous, parierait sur des relations humaines, sur une intégration sociale dans une communauté professionnelle, alors qu’il n’est là que pour quelques semaines… sans même évoquer que la solidarité, le lien et l’interconnaissance qui caractérisent une communauté humaine sont désormais bien ténus compte-tenu de l’individualisation de la « gestion » des ressources humaines ? Qui, parmi nous, relierait travail – au sens de l’activité rémunérée - et épanouissement alors que le premier n’est effectif que pour du court terme et que le second appelle le long terme ? Inévitablement, le travail qu’Yves Barel appelait « le Grand Intégrateur » (30) rétrécit dans la grande lessiveuse néolibérale en petit intégrateur ou, tout au moins, en intégrateur parmi d’autres intégrateurs… et c’est finalement heureux ! En effet, si le travail occupait dans la construction identitaire la même place que pour les générations précédentes, les jeunes auraient toutes les raisons d’être malheureux. Dans une grande enquête récente de la JOCF auprès de plus de 6 000 jeunes, on pouvait lire que, pour 76% de ceux-ci, réussir sa vie était considéré dans la société française comme « avoir de l’argent » et, pour 74%, « faire une belle carrière professionnelle » mais, lorsqu’il s’agissait de leurs aspirations, seuls 56% approuvaient cet objectif de carrière, résultat nettement derrière « avoir de vrais amis » (79%), « avoir du temps libre pour pouvoir profiter de la vie » (68%), « fonder une famille » (65%) et « être amoureux » (60%). (31)


Rien de pire…


Secondariser le travail correspond donc à faire de nécessité vertu ou, formulé différemment, on a tout intérêt à ne pas trop investir dans un amour impossible. Bien sûr, cette secondarisation est parfois contredite par un adage s’appliquant particulièrement au rapport au travail : « Suis-moi, je te fuis ; fuis-moi, je te suis »… ou : plus on est privé de travail, plus celui-ci est important et, plus on dispose de travail, moins on y goûte. Les demandeurs d’emploi aspirent au travail et les travailleurs aspirent au repos… avec toutefois une limite : la première cause du chômage de longue durée est le chômage, ceci signifiant que plus on reste au chômage, plus il est difficile d’en sortir. Comme l’écrit l’OCDE : « D’une manière générale, les jeunes qui ne sont ni dans l’emploi, ni scolarisés, ni en formation (NEET ou neither in employment, nor in education or training) constituent une catégorie fortement exposée au risque de marginalisation et d’exclusion, risque qui augmente proportionnellement au temps passé en dehors du monde du travail. {…} Compte tenu de la faiblesse de la reprise de l’emploi, une proportion importante et croissante des jeunes, même parmi ceux qui auraient trouvé un emploi dans des circonstances plus propices, risquent de connaître de longues périodes de chômage ou d’inactivité, avec d’éventuelles conséquences négatives à long terme pour leur carrière, c’est-à-dire un phénomène de stigmatisation. Ils pourraient par exemple avoir des difficultés à trouver un emploi pendant un certain temps et être durablement sous-payés par rapport à leurs homologues. » (32) On pense pour ces jeunes à Hannah Arendt qui écrivait : « Ce que nous avons devant nous, c’est la perspective d’une société de travailleurs sans travail, c’est-à-dire la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire. » (33) 


Des jeunes courageux.


Outre la centralité du travail dans les représentations des générations précédentes, au sujet de laquelle on peut imaginer que persistent des effets de reproduction et d’imprégnation, un autre facteur vient pondérer cette secondarisation du travail : la conscience objective que, dans la société telle qu’elle est, il n’y a guère d’autre alternative que de travailler. Ainsi peut-on comprendre Cécile Van de Velde lorsqu’elle écrit : « Ce que j’observe, c’est un appétit sans bornes pour l’emploi de la part de la fameuse génération Y à laquelle on semble attribuer tous les maux. C’est même un tel enjeu de survie que beaucoup de diplômés acceptent aujourd’hui des petits boulots harassants. Sans compter qu’ils acceptent de cumuler des stages dans le but de mettre le pied à l’étrier, pour finir avec un emploi dont le salaire est rarement à la hauteur de leurs qualifications. » (34) Comment en effet ne pas saluer cette quasi-résilience alors que, dans la même enquête de la JOCF, seuls 11% des apprentis, 12% des stagiaires et 6% des jeunes demandeurs d’emploi adhèrent à l’affirmation « Les jeunes ont des emplois stables et correctement payés » ? (35) Ils ont en effet du courage, d’autant plus qu’avec cette succession de contrats courts, entrecoupés d’inactivité, les jeunes flirtent avec le danger d’un chômage de rotation car si « un jeune gagne, pour faciliter son insertion dans l’emploi, à accepter un premier contrat court plutôt que de rester au chômage {…} la réitération de plusieurs contrats courts créé un risque d’enfermement dans l’emploi temporaire. » (36)


Panem et circenses.


Pour conclure sur cette secondarisation du travail, de sa « valeur », notons un problème qui n’est pas des moindres, la déconnexion – « démonétarisation » - entre le travail et le revenu. Quels sont en effet des messages répétés par les médias, au sujet desquels on rappellera que le temps moyen passé devant la télévision ne fait que croître jusqu’à atteindre 3h32 par personne et par jour (37)… soit une conduite addictive, ce qui, soit dit en passant, relativise l’impact d’un accompagnement à raison d’une rencontre mensuelle d’une demi-heure ? Que l’argent ne se gagne pas en travaillant mais en jouant au PMU ou en grattant frénétiquement des billets aux noms infantilisants : Grolo, Tac-au-Tac, Morpion… A ceci s’ajoute, même si tous ne le savent pas précisément, le basculement de l’origine de la richesse désormais plus fondée sur la rente et la spéculation que sur la production. Le 24 décembre 2009, Michel Rocard écrivait dans une tribune : « En 1970, quand circule un dollar dans le monde pour les besoins de l’économie réelle, circule aussi un dollar pour les besoins de l’économie financière. Trente ans plus tard, c’est 1 pour 120 ! Une folie intégrale, des marchés virtuels sur lesquels on se met à faire fortune en toute déconnexion de l’économie réelle, quitte à la brutaliser. Les émeutes de la faim en Afrique en 2008 résultent de l’irruption des produits dérivés sur les marchés du blé ou du lait. Dans le même temps, ces produits permettent au système bancaire de ne plus se soucier de la solvabilité des emprunteurs, ce qui gonfle encore les liquidités virtuelles et la bulle spéculative. On prête absolument à tout-va au cri de : tout le monde propriétaire, tout le monde capitaliste, tout le monde boursicoteur et il n’y aura plus de lutte des classes. » (38) On voit que « la valeur travail » est, sinon disparue (39), du moins sérieusement ébranlée. Elle l’est de façon aiguisée pour les jeunes, en particulier avec une politique de l’emploi dont la martingale, pourtant usée jusqu’à la corde (40), vise, sous couvert de compétitivité, à infléchir le coût du travail. Outre que cette pression à la baisse sur les revenus, d’un point de vue macro-économique, diminue le pouvoir d’achat donc freine la relance par la consommation, entraine vers une logique de dumping dont on ne voit pas jusqu’où et pourquoi elle s’arrêterait – un SMIC à moins de 500 € mensuels comme en Grèce ? - et accentue la paupérisation de la jeunesse, elle est un signal fort et répété traduit simplement : un jeune vaut moins. Le « petit d’homme » devient un « petit homme ».

 

(A suivre...)

 

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(11) Préface de Raymond Barre, éditions du Seuil, 2007.

(12) Sondage AFEC « Les Français et les jeunes », réalisé du 6 au 14 février 2010 par Audirep auprès d’un échantillon national de 1000 individus représentatifs de la population française âgés de 15 ans et plus, http://www.jeunessesolidaire.org

(13) OCDE, Perspectives de l’emploi 2011, http://www.oecd.org/emploi/perspectives

(14) Monique Dagnaud, Partage n° 219, novembre-décembre 2011.

(15) « Des contrats précarisants qui font s’éloigner l’espoir d’autonomie des plus jeunes et nourrissent les frustrations sociales de tous. » Anne-CécileGeoffroy, « Précaires à vie ? », Liaisons socialesn° 126, novembre 2011.

(16) On pourrait allonger quasi-indéfiniment la liste des publications. Ainsi en septembre 2011, Trésor-Eco, lettre mensuelle n° 92 du ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, était consacré au chômage des jeunes (« Enfin, l’accès à l’emploi se fait souvent au prix d’un « déclassement » (acceptation d’emplois moins qualifiés que ce qu’autoriserait la formation des entrants sur le marché du travail). Celui-ci conduit à court terme à l’éviction des moins diplômés et à une utilisation peu efficace du facteur travail. A plus long terme, le déclassement est un facteur d’accroissement de l’instabilité de l’emploi. ») ; en novembre 2011, la DARES publiait dans sa collection « Document d’études » un numéro « Emploi des jeunes » (« L’insertion dans la vie active est marquée par une forte instabilité… La situation des jeunes est très sensible à la conjoncture économique… Plus de la moitié des jeunes connaissent des épisodes de chômage au cours des trois premières années de vie active, un tiers y reste au moins six mois… »).

(17) Ou à la façon de Jean-MarcDaubressequi déclare : « Non, la jeunesse de France n’est pas une « génération sacrifiée ». Tous les adultes qui se complaisent dans ce discours caricatural ont démontré pendant des années une incapacité collective à se réformer, à abattre les cloisons, à revaloriser le mérite, le travail et l’effort ! Non, ce discours stigmatisant ne reflète pas la réalité plurielle de la jeunesse. Les aspirations et les contraintes des jeunes sont multiples. » (Plan Agir pour la jeunesse, un an après, 28 septembre 2010, www.jeunes.gouv.fr/IMG/pdf/BilanAgirJeunesse_livret_BD.pdf). A ce titre, la quasi-totalité des chercheurs et des pédagogues ont démontré une incapacité collective, Bertrand Schwartzen tête…

(18) JacquesGénéreux, La Grande Régression. A la recherche du progrès humain, Paris, Éditions du Seuil, 2010.

(19) Bertrand Schwartz, L’insertion professionnelle et sociale des jeunes, La documentation Française, (1981) rééd. SchwartzB., LabbéP., ANDML, Rapport sur l’insertion professionnelle et sociale des jeunes. 1981 : naissance de l’insertion, Rennes, éditions Apogée, 2007.

(20) « Il faudrait au moins analyser les différences entre lesjeunesses, ou, pour aller vite, entre les deuxjeunesses… » Pierre Bourdieu, « La jeunesse n’est qu’un mot », entretien avec Anne-MarieMétailié, paru dans Les jeunes et le premier emploi, Paris, Association des Ages, 1978. Repris in Questions de sociologie, Éditions de Minuit, 1984. Ed. 1992.

(21) Notons qu’au rythme d’une évolution tendancielle continue, sur cette base de 220 000 en 1981 et aujourd’hui avec 130 000 jeunes sortant du système éducatif sans diplôme, aux alentours des années 2040 nous devrions atteindre le point zéro.

(22) « Une jeunesse difficile » : tel est le titre d’un document regroupant plusieurs études coordonnées par DanielCohen(CEPREMAP, éditions ENS rue d’Ulm, 2007).

(23) Pas plus d’ailleurs que nos voisins transalpins. Sous la plume de Danielle Rouard, on apprend dans Le Monde 2 du 18 février 2012 qu’ « une véritable révolte vient d’éclater sur Twitter et d’autres sites contre les déclarations du gouvernement Mario Monti traitant d’« illusion » l’obtention d’un emploi à durée indéterminée, d’ailleurs considéré comme… « monotone » par le président du Conseil italien. La colère de milliers de jeunes internautes {surnommés là-bas les « bamboccioni », c’est-à-dire de grands bébés attardés}prend des allures de conflit de générations autour du travail. »

(24) Sondage IPSOS pour Le Monde, in« Le jugement sévère des Français sur la jeunesse », 24 novembre 2011.

(25) « états mentaux » et « actes psychiques » : Georges Gurvitch, La vocation actuelle de la sociologie,PUF, 1950.

(26) RaimbourgR., QuéréP., L’adolescence : un enjeu politique, éditions Fondation Jean-Jaurès, « Les essais », juillet 2011, p. 12.

(27) Selon l’expression de Julien Bayou inAFEV, « Les Français et les jeunes », op. cit.

(28) Si l’on souhaite corréler ces quatre sphères et personnages aux secteurs du social, on aurait pour le Sujet le travail social, pour l’Acteur le socioculturel, pour le Citoyen l’éducation populaire et pour l’économie l’insertion. Labbé P., « Qu’est-ce que le social ? », Veille, Projet, Evaluation. Modélisation de la démarche systémique dans les centres sociaux et socioculturels, Branche professionnelle des acteurs du lien social et familial, 2009.

(29) « Même si le travail n’est pas motivant, au moins sert-il à se procurer des biens. », Georges Decourt, « Les valeurs du travail et du loisir », 4 octobre 1997.

(30) Pour Yves Barel, « Nous sommes entrés dans une période marquée à la fois par la défaillance du travail en tant que Grand Intégrateur et par l’inexistence d’un intégrateur de remplacement. Faute de solution historique de remplacement, le travail continue à faire fonction de Grand Intégrateur qu’il n’est plus. Nous entrons dans l’époque d’un énorme « comme si ». » Barel Y., Le Grand Intégrateur, Connexions, n° 56, 1990.

(31) CIJOC, La liberté de choix des jeunes, enquête CSA auprès d’un échantillon national de 6028 jeunes âgés de 15 à 30 ans, mars 2011.

(32) John P.Martin, « Un chantier inachevé : investir en faveur des jeunes », OCDE, (éditorial) op. cit.

(33) Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, Calman Levy, 1961.

(34) Cécile Van de Velde, « Le plus préoccupant reste le chômage des jeunes non diplômés », La Tribune, 16 septembre 2011.

(35) CIJOC, La dignité des jeunes, enquête CSA auprès d’un échantillon national de 6028 jeunes âgés de 15 à 30 ans, mars 2011.

(36) Monique Dagnaud, op. cit., p. 44.

(37) Le Point.fr, « Les Français de plus en plus accrocs à la télévision », 25 février 2011.

(38) « Comment je vois l’avenir », Le Nouvel Observateur.

(39) Dominique Méda, Le travail, une valeur en voie de disparition ?éditions Aubier, 1995.

(40) Rappelons que, dans sa lettre de commande à Bertrand Schwartz, le Premier ministre Pierre Mauroy écrivait en 1981, évoquant les « Plans Barre », c’est-à-dire les exonérations de charges pour les entreprises embauchant des jeunes : « … les aides au premier emploi ne procèdent pas d’une conception d’ensemble, mais de la juxtaposition de dispositions parfois contradictoires et souvent conjoncturelles. » Schwartz B., op. cit.

 

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