Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

L’accompagnement socioprofessionnel (ASP) en mission locale. Une approche systémique. (Philippe LABBE, 27 mars 2012). 4/5

9 Mai 2012, 16:00pm

Publié par mission

Le conseiller, un convoyeur de fonds… 

21. Que l’ASP soit global ne signifie pas qu’il est réalisé par un seul professionnel, le « référent » omniscient qui apporterait toutes les réponses. Le référent est le « fil rouge » de l’accompagnement, le « marginal sécant » qui évolue dans et entre toutes les sphères de l’insertion, garant d’une continuité de l’action, d’une cohérence de celle-ci. Le référent est, à l’échelle de la relation avec le jeune demandeur d’emploi, ce que devrait être (devait être ?) à l’échelle d’un territoire une maison de l’emploi : un guichet unique. Le référent est une dynamo, un mobilisateur du réseau partenarial (ressources internes et externes des politiques de l’emploi et des politiques sociales) ainsi que du réseau d’entreprises et de structures spécialisées. Marginal sécant qui ne boîte ni sur le pied du social, ni sur celui de l’économique mais marche sur ses-ces deux pieds (Labbé, 2010), il est un convoyeur de fonds.

22. Si l’on veut bien admettre que les jeunes en mission locale présentent généralement - au regard des normes dominantes et des exigences sociétales pour s’intégrer - un déficit dans un ou plusieurs types de capitaux, le conseiller peut alors être considéré comme celui qui, directement mais le plus souvent indirectement, c’est-à-dire par son entregent, va compenser ces déficits. Ainsi, le conseiller mobilise du…

- Capital économique, avec des allocations, des secours, des aides « interstitielles » ou non, du micro-crédit, la résolution de problèmes de surendettement… et, surtout, par l’accès à l’emploi qui permettra à la personne de percevoir un revenu.

- Capital culturel, avec le recours à des formations, à des validations de parcours, au portefeuille de compétences, mais également en permettant au jeune de décrypter le monde, l’organisation de la société. « Rapprocher les jeunes des administrations », tel que le souhaitait Bertrand Schwartz dans son rapport de 1981, c’est d’abord rendre le monde lisible, donc accessible.

- Capital social, pour le volet professionnel via l’accès aux entreprises ou aux intervenants spécialisés, via l’utilisation des mesures de la politique de l’emploi (prestations Pôle emploi, dispositifs spécifiques des collectivités territoriales, aide à la mobilité…), voire même par l’innovation et la conception de nouveaux outils (jeunes créateurs d’entreprise, groupements d’employeurs, groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification, structures d’insertion par l’activité économique…) ; pour le volet social, via l’accès aux ressources (acteurs, dispositifs, droits…) des domaines de la culture, de la santé, du logement, des transports, etc.

- Capital symbolique par la remise en confiance de la personne (ateliers « image de soi », « relooking », projet individualisé et, de façon plus générale, les règles de l’entretien d’aide…). Le capital symbolique, entendu ici comme la confiance que l’on a en soi, la bonne image que confirme et même accentue le regard de l’Autre (l’intervenant social, entre autres), capital que l’on peut miser sur la table des jeux de l’accession à un emploi, renvoie au thème de la reconnaissance au sujet duquel on peut difficilement faire l’économie de l’ouvrage de Pierre Ricoeur, Parcours de la reconnaissance. (Ricoeur, 2004) La reconnaissance y est passée au tamis d’une remarquable enquête lexicographique que le philosophe, armé du Grand Robert de la langue française et du Littré, décortique, enchâsse et ordonne, de Kant à Bergson puis Hegel. Cette reconnaissance va de « saisir (un objet) par l’esprit, par la pensée, en reliant entre elles des images, des perceptions qui le concernent ; distinguer, identifier, connaître par la mémoire, le jugement ou l’action » à « accepter, tenir pour vrai (ou pour tel) » jusqu’à « Témoigner par de la gratitude que l’on est redevable envers quelqu’un (de quelque chose, une action). » (p. 28) La reconnaissance, dans l’ASP, est d’abord l’acceptation de l’Autre – le jeune – tel qu’il est, c’est-à-dire nécessairement différent de soi, puis elle est la connaissance de l’Autre ou, plus exactement, l’interconnaissance (30) et, enfin, le témoignage non par de la gratitude mais par l’action (en particulier la mobilisation du capital social de l’intervenant) de la réciprocité du contrat : vous vous êtes confié, je réponds à cette confiance, nous répondons aux termes du contrat.

23. On pourrait ajouter à ces quatre capitaux traditionnels, le capital de mobilité, c’est à dire la capacité voire même la curiosité de se déplacer tant la mobilité, qui fût déterminante en termes de perfectionnement dans la tradition compagnonnique (31) l’est désormais bien plus modestement en termes de simple employabilité… sauf à rester « petit » et « fixe » : « … la mobilité, la capacité à se déplacer de façon autonome, non seulement dans l’espace géographique mais aussi entre les personnes ou encore dans des espaces mentaux, entre des idées, est une qualité essentielle des grands, en sorte que les petits s’y trouvent caractérisés d’abord par leur fixité (leur rigidité). » (Boltanski, Chiapello, 1999, pp. 445-446). Bien sûr, cette mobilité doit être comprise intelligemment, c’est à dire non dissociée de la stabilité : on est mobile pour gagner en stabilité, pas pour s’épuiser sur la piste de « On achève bien les chevaux ». (Labbé, 2010).

Les six invariants de l’ASP.

24. Selon les professionnels, les structures (moyens et management), les métiers, les structures d’appartenance, les contextes ainsi que les « exigences de société » (financeurs, dispositifs réglementaires et juridico-administratifs), l’ASP revêt des formes variées, plus ou moins formalisées, voire parfois standardisées. Toutefois l’accompagnement associe de façon quasi-systématique six éléments agencés avec l’usager… ce « avec » signifiant que le travail est négocié : « C’est probablement là ce qui distingue fondamentalement la socialisation primaire, celle qui vise la « cire molle » de l’enfance, de la socialisation secondaire, celle qui vise des acteurs disposant d’un certain pouvoir. » (Dubet, 2002, p. 356).

- Le référent unique. Il est une garantie de stabilité et, subséquemment, d’approfondissement de la relation, donc de progressivité dans la démarche de projet, ce que ne permettrait pas une interchangeabilité des conseillers. Le référent unique est également la condition requise pour une réelle individualisation de la relation : il connaît le jeune, sa situation, son évolution. Progressivité de la démarche, évolution… tout ceci renvoie à une temporalité de l’ASP qui varie, d’une part, selon les individus, leurs besoins et leurs potentiels et, d’autre part, selon la gestion par l’intervenant de plusieurs temporalités aux horloges désynchronisées : le temps de l’apprentissage n’est pas celui des entreprises qui n’est pas celui des programmes institutionnels…

- Le projet. Contrairement au thème du « diktat » (la vraie dictature étant celle de la vacuité du projet (32)), le projet est ce qui apporte une cohérence dans le parcours en reliant les trois temporalités du passé, du présent et du futur. Il met en perspective et oriente. Sans doute ce qu’écrit François Dubet pour les travailleurs sociaux est-il encore plus patent pour les intervenants sociaux : « … les travailleurs sociaux sont aussi des prestataires de services sociaux et de dispositifs visant à donner aux individus une place dans la société ou dans des structures intermédiaires. Le langage de la morale et du contrôle est ici remplacé par celui du contrat et du projet. » (Dubet, 2002, p. 345)

Le projet étant souvent au départ à court terme et tactique, le travail d’accompagnement vise un ou des sauts qualitatifs pour qu’il parvienne à être à plus long terme et stratégique, voire « de vie ». On peut, en combinant les travaux de Dubet, de Boutinet, de Rodriguez-Tome et Bariaud, présenter une typologie des projets dont il découle un travail de progression pour que le jeune, parfois au départ « hors projet » ou « sans projet », parvienne à un « projet de vie » (33) :

 

Hors projet

Sans projet

Avec projet

 (Boutinet)

Irréalité

(Boutinet)

Vacuité

« Ca sert à rien… »

De mobilité à court terme (Dubet)

D’orientation (Boutinet)

D’insertion à moyen terme (Boutinet)

Adulte à long terme (Dubet)

Vocationnel  (Boutinet)

De vie (Rodriguez-Tome, Bariaud)

 

- L’entretien. L’entretien est la modalité principale mais non exclusive de l’ASP. Avec le référent unique, il permet l’individualisation de l’offre de service et articule successivement l’écoute bienveillante (posture « compréhensive »), la coproduction d’une analyse des forces et faiblesses, menaces et opportunités, aspirations et contingences, etc. et la codécision des démarches à engager (ex ante), leurs modalités ainsi que l’évaluation des acquis (in itinere, ex post).

- Le contrat. Même « humain » ou « doux », l’ASP ne s’inscrit pas dans un registre du don et contre-don (34) mais il « requiert et engage des dispositions personnelles à la négociation et, plus spécialement, à la traduction entre des mondes de références différents. C’est, dans une large mesure, un savoir-faire de passeur impliqué. » (Gaudin, 2001, p. 118). Le contrat nécessite que le jeune soit reconnu comme partie contractante, donc actif. Il appelle, selon les termes de Maela Paul, « un consentement éclairé {qui} s’approprie une mise en scène juridique {…} qui réinstille le droit au respect de la personne et par laquelle s’exprime une revendication égalitaire à être chacun traité pareillement pour ce qu’il est. Ce rapport s’instaure donc sur une nouvelle conception de l’autonomie, fondée sur la recherche de l’identité propre et la revendication à être soi-même comme nouvelle norme individuelle. » (Paul, 2004, p. 306). Avec le contrat, le jeune n’est pas, pour reprendre Montaigne, « le vase qu’on remplit » mais il est « le feu qu’on allume ». En d’autres termes, à la base du contrat, il y a le jeune comme ressource, non comme problème. Cette expression de « jeune comme ressource », outre qu’elle renvoie à un principe essentiel de l’éducation populaire (35) , signifie, d’une part, que le regard du professionnel sur le jeune s’oriente délibérément vers les potentialités (« L’homme est plein à chaque minute de possibilités non réalisées. » Semyonovich Vygotski, 2003, p. 74), les freins et obstacles n’étant étudiés qu’après – c’est donc une question de posture – et, d’autre part, que c’est in fine le jeune qui mettra en œuvre, dans les conditions qu’il choisira, son projet d’insertion : « L’important n’est pas ce qu’on fait de l’homme mais ce qu’il fait de ce qu’on a fait de lui. » (36) Cette autodétermination de l’individu, en fait sa liberté dans un système de contraintes, explique l’absurdité d’une « obligation de résultat » imposée aux intervenants. S’il faut soutenir, stimuler, promouvoir une « culture du résultat », qui en tout état de cause est une obligation déontologique, il faut réfuter l’obligation de résultat qui est la négation de la liberté de l’individu et qui, subséquemment, déconstruit totalement le paradigme de l’ASP (contrat, projet, décentration…). L’obligation de résultat s’inscrit dans un système idéologique où l’on trouve la mise en concurrence et la performance (37), d’ailleurs totalement contreproductif car il génère la défiance, la dissimulation et le détournement des missions. (38)

Mireille Berbesson et Binh Dô-Coulot proposent une typologie avec trois classes d’engagement (op. cit. p. 41) : « l’engagement réciproque simple » où l’on serait, selon nous, plus sur le volet de l’accueil et du coup de main ou du dépannage que de l’accompagnement proprement dit (« C’est souvent une posture adoptée dans les accueils de jour, et qui ressort plus de la qualité de présence… que d’un accompagnement, à proprement parler. ») ; « l’engagement réciproque comportant une aide financière » et « l’engagement formalisé par un contrat signé ». Cependant on ne voit pas très bien ce qui justifie cette distinction entre la deuxième classe (avec l’aide financière) et la troisième (avec contrat) : dans un cas comme dans l’autre, il y a un principe de conditionnalité, la caractéristique financière de l’aide (telle qu’on l’a connue avec la bourse d’accès à l’emploi ou qu’on la connaît avec l’allocation CIVIS) pouvant parfaitement être présente, sinon l’étant systématiquement, dans l’engagement avec contrat.

Isabelle Astier préfère à la notion de contrat celle de pacte, que nous attribuerions plus volontiers – hormis Faust ! - à une dimension plus collective qu’individuelle (« Pacte territorial pour l’emploi des jeunes », voir en remontant à la préhistoire de l’insertion, les « Pactes pour l’emploi » de R. Barre). Pour cette auteure, le pacte repose sur quatre éléments : « une situation en panne avec laquelle les acteurs vont devoir composer ; une interaction qui s’organise sur le mode d’une coordination {mais n’est-ce pas cela le contrat ?} ; l’improvisation d’une orientation morale et pratique limitée à la situation {pourquoi l’orientation morale serait-elle improvisée et limitée à la situation ?}; et, enfin, le fait que les méthodes employées sont modulables, révisables et supposent un travail d’accommodation. {mais n’est-ce pas cela le projet ?} » (Astier, 2007, p. 10). Par contre, Isabelle Astier avance, plutôt que l’intégration, le concept d’intégrabilité qui pourrait être adopté nonobstant la difficulté de son appropriation par le réseau : « Penser en termes d’intégrabilité implique une démarche volontaire, une demande d’adhésion explicite de la part des individus. » et, citant Marc-Henry Soulet, définit l’intégrabilité comme « la capacité à prendre socialement place en tant que sujet constitué et responsable. » (Astier, 2007, pp. 129-130).

- Les apports instrumentaux. Ce sont, par exemple, les « ateliers » de type « TRE » (techniques de recherche d’emploi), « CV », etc. Collectifs ou individuels (« libre service), ces apports ont dans la démarche d’accompagnement un avantage : ils font intervenir à côté du Sujet individuel l’Acteur collectif, rompant le cercle qui peut être trop clos voire psychologisant de la relation duelle « jeune – conseiller/référent » où peuvent se jouer des phénomènes de captation et, subséquemment, le glissement du « prendre en compte » au « prendre en charge ».

- La mobilisation des liens faibles. Enfin, l’ASP ne se limite pas au face-à-face, ni à l’animation d’une situation collective mais recouvre une ingénierie de réseau, c’est à dire des possibilités construites, suscitées, et des modalités de mobilisation des ressources de l’environnement, ce qui est habituellement identifié comme « le partenariat » (39) Celui-ci s’impose en principe dans tous les domaines où, précisément, la structure ne dispose pas de suffisamment d’expertises et, lorsque les parties ont grosso modo le même métier, le partenariat cède pour partie la place à la cotraitance (missions locales et Pôle emploi). Ce partenariat correspond en fait à la multiplication et démultiplication des « liens faibles ». Ainsi la caractéristique professionnelle de l’ASP appelle que, dans ce champ, cette ingénierie ne se limite pas à l’organisation du circuit de réception et de traitement des offres de Pôle emploi mais, visant le « marché caché » qui recense plus de la moitié des offres, s’appuie sur un système de veille partagé allant d’une connaissance actualisée des ressources du territoire (« l’observation active » dans l’offre de services n° 4 de la Convention pluriannuelle d’objectifs des missions locales, le diagnostic socioéconomique glissant…) à un système intégré d’animation de ce réseau, à la prospection pour le renouveler, etc.

Chacun de ces éléments constitutifs de l’ASP est lui-même construit à partir de plusieurs variables : l’entretien, par exemple, s’appuie ou non sur un outil (logiciel Parcours en mission locale, guide…), se déroule à une fréquence déterminée ou indéterminée, rapprochée ou non (40), s’inscrit dans une logique de rendez-vous ou est immédiat (« sur flux ») en fonction de la pression de la file active…

 

(A suivre...)

 

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(30) Labbé P., 22 février 2012, « Jeunes : avec moins d’opportunités ? Altérité, interculturalité… transculturalité », colloque JAMO, Maison de l’emploi de Loudéac.

(31) « Ils {les jeunes gens} ne doivent pas oublier que le seul moyen de varier leurs connaissances professionnelles est le voyage sans lequel beaucoup d’entre eux ne pourraient acquérir le degré de perfection que doit avoir un bon ouvrier. » Congrès compagnonnique de Lyon, 1er et 3 novembre 1874, cité par Martin Saint-Léon E., 1983, Le compagnonnage. Son histoire, ses coutumes, ses règlements et ses rites, Librairie du Compagnonnage éditeur, p. 190.

(32) « Comme prévisible, après l’amour, le désamour. Dans les années 90 et jusqu’à aujourd’hui, le projet va être convoqué chez le procureur pour délit d’obsolescence – à trop être adulé, il n’est plus l’amant parfumé et séduisant mais le mari chaussettes et ennuyeux - avec un chef d’accusation exprimé comme tel : diktat. Dans le champ du social, les pioupious qui se sont jetés sur le projet comme la vérole sur le bas-clergé vont devoir revoir leur copie : le projet ne serait que l’expression soft d’une violence symbolique d’autant plus cruelle qu’elle s’exerce de façon privilégiée contre celles et ceux qui sont les moins dotés culturellement et qui ont d’autres chats à fouetter, parvenir à joindre les deux bouts par exemple. Qui plus est, à faire rêver avec le projet, on met en place les conditions certaines d’une désillusion, d’un désenchantement. » Labbé P., 2008, « La dictature du projet », Territoires.

(33) Boutinet J.-P., op. cit. ; Dubet F., 1973, « Pour une définition des modes d’adaptation sociale des jeunes à travers la notion de projet », Revue française de Sociologie, XIV ; Rodriguez-Tome H. et Bariaud F., 1987, Les perspectives temporelles à l’adolescence, PUF.

(34) Le don appartient au registre de la socialité primaire, celle de l’interconnaissance amicale, de l’amour, des voisins, de la communauté ; le contrat s’inscrit dans la socialité secondaire qui appelle le professionnel tant il est vrai qu’un projet d’insertion n’est pas une conversation au comptoir d’un café. La socialité secondaire est « une transaction entre deux partenaires {qui} s’établit pour arriver, en principe, à une solution de compromis qui satisfera chacun, éteindra les dettes et fera disparaître un lien interpersonnel devenu inutile. » Fustier P., 2000, Le lien d’accompagnement. Entre don et contrat salarial, Paris, Dunod, p. 10. Pour autant, l’APS n’exclut pas, on l’a dit l’affectivité et l’implication du professionnel que l’on peut appeler un engagement.

(35) « En ce qui concerne leur domaine propre, les organismes d’éducation populaire, de développement culturel et de jeunesse rappellent que l’éducation ne consiste pas essentiellement en un transfert de connaissance ou en la transmission d’un contenu immuable, mais surtout dans la formation d’individus aptes à prendre en charge leur propre destin et à contribuer à la transformation nécessaire de la société. », Déclaration des associations de jeunesse, d’éducation populaire et de développement culturel, 27 mai 1968, (dir.) Geneviève Poujol, 2000, Education populaire : le tournant des années 1970, Paris, L’Harmattan, p. 223.

(36) Jean-Paul Sartre, cité par Vincent de Gaulejac, juin 2003, « Malaise dans la civilisation », Empan n° 50, Jeunesse et génération(s), jeunesse et transmission.

(37) Labbé P., 27 janvier 2012, « Insertion : l’efficacité gangrénée par la performance », ASH n° 2744, pp. 27-28.

(38) L’exemple le plus connu est celui du « contrat d’autonomie » confié aux « OPP » (opérateurs privés de placement), la tentation pouvant être forte de sélectionner son public pour garantir des résultats en termes de placement, donc de rémunération. Cependant, de façon générale, nombre de structures sont confrontées à ce risque de dévoiement de la mission de service public et du principe d’équité : « L’aide au retour à l’emploi est une mission de service public, et à ce titre, elle doit être également accomplie pour tous les demandeurs d'emploi. Or spontanément, le marché n’a aucune incitation à prendre en charge de manière égalitaire l’ensemble des chômeurs. Comme tout bien public, le traitement égalitaire des demandeurs d'emploi est soumis au risque de free-riding de la part des agents. Au lieu d’assurer l’accompagnement de tous les chômeurs, les opérateurs privés ont au contraire tout intérêt à ne se charger que des plus employables afin de présenter de bons résultats, qui se traduiront en signaux positifs sur le marché. » Georges Nathalie, février 2007, L’externalisation de l’accompagnement des demandeurs d’emploi : modalités d’un marché en plein essor, Centre d’études de l’emploi, « Document de travail » n° 81, p. 10.

(39) « Les stratégies d’acteurs construisent des « mondes de l’insertion » permettant de coordonner des acteurs de l’entreprise, des intermédiaires de l’emploi, des partenaires éducatifs et des segments de jeunes socialement identifiables. Ces réseaux transversaux rassemblent des personnes qui partagent, peu ou prou, les mêmes références, les mêmes conceptions du travail et de la formation, les mêmes expériences et qui déploient des stratégies plus ou moins bien coordonnées. », Dubar C., 2001, « La construction sociale de l’insertion professionnelle », Education et Sociétés n° 7, p. 33.

(40) Notons, en ce qui concerne la fréquence des entretiens, qu’il faut éviter de raisonner mécaniquement, plus la fréquence étant élevée, mieux cela étant pour l’accompagnement. Comme l’écrit le rapport de la Cour des Comptes pour le PARE-PAP « le nombre d’entretiens à réaliser a pesé sur l’organisation du travail dans les agences locales et la qualité de l’entretien s’en est ressentie. » (Cour des Comptes, mars 2006, L’évolution de l’assurance chômage : de l’indemnisation à l’aide au retour à l’emploi, Synthèse du rapport public thématique, p. 10). 

 


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