Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

Question pour un pioupiou... : réponse (Rbeaune)

24 Mai 2012, 09:26am

Publié par mission

Rappel de la question :

 

Qui peut donner 2 fois plus de chance (même 2.5) à un jeune d’arriver au terme de son contrat d’apprentissage ?

 

Réponse :

 

Expérimentation : sécuriser les parcours professionnels des jeunes en apprentissage.

 

Les trois Missions locales de Côte d’Or ont conduit d’octobre 2009 à juillet 2011 une expérimentation soutenue par le Haut Commissariat à la Jeunesse et le Fonds social européen et évaluée par l’IREDU (Institut de recherche sur l’Education de l’Université de Bourgogne).

Elle visait à :

-          Analyser l’effet de l’accompagnement :

 

o  par un tuteur externe issu des ML (neutre dans le jeu d’acteurs, réactif car poste spécifique, avec une approche globale = toutes les difficultés ne viennent pas de la seule relation jeune-entreprise et très souvent c’est un enchainement de causes qui entraîne l’abandon et une bonne connaissance du tissu des entreprises du territoire)

 

o  de tous les apprentis (la très grande majorité inconnue des ML concernées) de trois secteurs professionnels (hôtellerie-restauration, commerce et viticulture).

 

Cette analyse s’est appuyée sur une randomisation aléatoire : jeunes bénéficiant de l’accompagnement tout au long de leur parcours dès la signature du contrat (aucune action n’a été menée en amont pour éviter tout biais et ne mesurer que les seuls effets du tutorat externe) et jeunes n’ayant qu’une information sur cette possibilité de recours au tuteur externe et sur le recueil de multiples informations sur les jeunes et les entreprises.

Elle a porté sur plus de 1 100 jeunes préparant un diplôme de niveau V ou IV. L’accompagnement se traduisait en une visite tripartite (jeune, maître d’apprentissage et tuteur) pour présenter le dispositif et analyser les conditions de déroulement du contrat, puis par un suivi mensuel auprès du jeune ou de l’entreprise. En cas de difficulté signalée, le tuteur rencontrait le jeune, puis le maître d’apprentissage pour écouter les causes des difficultés, puis les deux ensemble pour essayer de partager un diagnostic et un plan d’action à échéance courte pour résorber les difficultés. En cas d’impossibilité, le jeune se voyait interroger sur sa volonté de continuer dans le secteur :

 

o Si oui, une entreprise correspondant mieux à son profil était recherchée, d’où l’importance d’une connaissance fine des entreprises et des secteurs professionnels car derrière un métier se cache de multiples façons de l’exercer (clientèle visée, management, taille,…) ;

 

o  Si non, un rendez-vous lui était donné à la Mission locale pour travailler sur un nouveau projet professionnel. Avec cette « reprise en main » immédiate appuyée par des éléments probants sur son expérience du monde du travail, l’accompagnement pouvait s’appuyer sur points forts et des points d’amélioration et enclencher rapidement une dynamique positive.

 

Le résultat est sans équivoque : un jeune accompagné a 2,5 fois plus de chance d’aller au terme de sa formation en alternance (avec d’éventuels changements d’entreprise en cours) qu’un jeune qui ne bénéficiait que de l’information, toutes choses égales par ailleurs. Ce résultat est d’autant plus fort que le secteur connaît une forte instabilité (restauration et commerce).

 

-          Analyser les causes d’instabilité des contrats pour proposer des mesures d’amélioration. Trois axes majeurs en découlent :

 

o En amont, une insuffisante validation des projets (avec notamment l’absence de stages en entreprises pour des jeunes qui découvrent le monde du travail), un rapprochement insuffisant entre le profil du jeune et celui du poste proposé et un recrutement insuffisamment formalisé, ne permettant pas de définir les conditions réelles du déroulement du contrat

 

o Une intégration en entreprise trop souvent réduite à sa portion congrue, soulignant le besoin de former les maîtres d’apprentissage à cette fonction et des conditions de travail pouvant rebuter un jeune et donc tendant à une labellisation des entreprises formatrices

 

o Le volet formation en centre n’a pas pu être analysé au cours de l’expérimentation à cause de la randomisation qui touchait chaque classeet ne permettait pas une intervention collective. Néanmoins, la Mission locale de Beaune a pu conduire ce travail à l’issue de l’expérimentation en pleine confiance avec le CFA viticole où le décrochage scolaire tenait plus à la non-réussite aux examens et où la vie en centre faisait apparaître des tensions assez fortes. A partir de trois groupes de jeunes repérés comme potentiellement décrocheurs par l’équipe de formateurs, les tuteurs de la Mission locale ont laissé s’exprimer les jeunes pour déterminer avec eux les causes de leur mal-être en centre. Trois points majeurs en sont ressortis : la communication entre apprentis et formateurs, la pédagogie et des facteurs sociaux discriminants. Cette intervention a eu une triple conséquence : l’analyse va être reprise pour construire le nouveau projet de centre, la Mission locale reviendra pour en évaluer les effets et les jeunes impliqués dans ce travail ont, d’après les formateurs, modifié leur comportement en assumant une partie de la responsabilité de leurs échecs et de leurs comportements.

 

La conclusion qui s’impose est que les Missions locales peuvent être un acteur déterminant de la lutte contre le décrochage scolaire (rupture et abandon en cours de formation ou non-obtention du diplôme).

Le cadre actuel est de repérer des jeunes sortis de formation initiale depuis plusieurs mois et de tenter de les réinscrire dans une dynamique d’insertion.

Le cadre de l’expérimentation est celui de la prévention qui permet, tout à la fois, de réduire fortement le décrochage et, dans le cas où un changement d’orientation apparaît nécessaire, de proposer un accompagnement immédiat qui peut s’appuyer sur des éléments positifs et donc permettre aux jeunes d’avancer plus vite vers une insertion durable.

A l’heure où l’on parle d’un Service public de l’Orientation et de l’Accompagnement articulé autour des CIO et des Missions locales, l’expérimentation montre que le rôle dévolu à la MGI pour l’Education nationale pourrait être étendu à l’apprentissage et être  assuré par les Missions locales. Ce pourrait être le volet qualitatif indispensable si le développement quantitatif de l’apprentissage reste une volonté et si, bien évidemment, les moyens sont donnés aux Missions locales.

Tous les éléments de cette expérimentation sont en ligne (ou devraient l’être) sur le site www.experimentationsociale.fr. Pour tout besoin de renseignement complémentaire : mlbeaune@mlbourgogne.fr

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