Mission. Insertion (Philippe Labbe Weblog. II)

Un sondage pour pas grand chose. Un manifeste pour pas beaucoup. (Philippe LABBÉ)

13 Mars 2012, 19:19pm

Publié par mission

Les jeunes c’est comme les revenus des riches, le vrai pouvoir des francs-maçons ou (un mois avant l’été) les régimes qui marchent : un « marronnier » en langage journalistique, c’est-à-dire, selon la juste définition de wikipédia, « une information de faible importance meublant une période creuse, consacré à un événement récurrent et prévisible. Tout comme le marronnier (l'arbre) qui invariablement, tous les ans, produit ses fruits, le marronnier journalistique reproduit les mêmes sujets avec plus ou moins d'originalité. »

Parmi les instituts de sondage, pour lesquels la présidentielle est du pain béni, il s’en est trouvé un qui a trouvé le temps pour interroger du 20 au 24 février 1 008 personnes âgées de 18 à 25 ans. A la lecture de la synthèse des résultats, présentée sur Libération.fr, on en déduira qu’il n’a sans doute pas fallu beaucoup de temps à Viavoice pour « révéler » ce que les jeunes pensaient de l’avenir de la France et de la société, ce qu’ils imaginaient de leurs chances de réussir leur vie et, last but not least, pour qui ils allaient voter. A vrai dire, une simple revue de littérature sur le sujet et l’analyse était livrable et facturable… sans même sonder !

Ainsi, selon François Miquet-Marty, directeur associé de Viavoice, l’enquête « fait apparaître une jeunesse « soucieuse », inquiète pour l'avenir de la société en général et de la France ou de l'Europe en particulier, qui se dit majoritairement « heureuse » tout en se préparant - à tort ou à raison - à connaître une existence plus difficile que celle de leurs parents. » Pas une once de « nouvelle » : c’est ce que toutes les enquêtes disent et redisent depuis des années avec cependant, en plus, ce « à tort ou à raison » qui n’apporte strictement rien… tout en faisant fausse route car, s’il est un sujet sur lequel l’imprévisibilité est quasi-nulle, c’est bien l’évolution tendancielle d’un descenseur social. Pour celles et ceux qui recherchent dans la lecture ce qu’ils savent déjà (ce qui peut se comprendre le soir, lorsqu’on est très fatigué), cette introduction les comblera : « La jeunesse n'existe pas comme une entité autonome, distincte du corps social des adultes. Les jeunes ne se définissent pas contre ou à côté de leurs aînés. Ils partagent - et amplifient parfois - leurs préoccupations. » Ceci au cas où certains seraient tentés de croire que les jeunes ne sont pas en interaction avec les adultes car, même si le chômage constitue un obstacle pour l’intergénérationnalité, les jeunes sont, selon l’expression de Kipling, des « petits d’hommes » et, subséquemment, ne sont pas une génération spontanée, sortie d’on ne sait où, évoluant dans une énième dimension où ne se croiseraient que des 18-25 ans. Il n’y manque que « la jeunesse n’est qu’un mot » de Pierre Bourdieu… mais peut-être le sociologue est-il appelé en renfort dans l’intégralité de l’étude. Quant à « l’amplification des préoccupations », que l’on pourrait traduire par une plus forte radicalité, rendons à Hessel ce qui appartient à Hessel : par les temps qui courent, les séniors font une sérieuse concurrence aux jeunes… y compris le plus tout jeune Michel Rocard qui, dans Le Monde des 26-27 février, présente son dernier ouvrage, Mes points sur les « i » (Odile Jacob), en se déclarant « effaré par l’inanité des conversations, la vacuité du débat ». A la question du journaliste « Comment décririez-vous le monde de demain ? », Rocard répond : « Une société moins marchande, moins soumise à la compétition, moins cupide et organisée autour du temps libre… {P.L. On se souvient que Rocard avait préfacé l’ouvrage de Jérémy Rifkin, La fin du travail} J’ai coutume de dire que dans les cinq plus beaux moments d’une vie, il y a un (ou des) coup(s) de foudre amoureux, la naissance d’un enfant, une belle performance artistique ou professionnelle, un exploit sportif, un voyage magnifique, enfin n’importe quoi mais jamais une satisfaction liée à l’argent. Donc c’est un monde de pratiques culturelles et sportives intenses, de temps familial abondant, de soins aux enfants et de retour à des relations amicales festives. » Le Monde : « C’est le monde selon Rocard ? » Rocard : « Non, c’est une nécessité. »

 

On le sait, les sondeurs aiment classer. On n’échappera donc pas une typologie à la hache avec, face au choix présidentiel, « les quatre familles de la jeunesse »… précédées – une nouvelle louche de sens commun ne peut pas faire de mal puisqu’elle crée du consensus – du constat selon lequel cette jeunesse est « éclatée en groupes sociaux dont les ambitions et les inquiétudes peuvent être très divergentes, selon leur origine sociale, leur parcours scolaire, leur histoire personnelle. »

Nous voici donc avec les « pro-système » (22% de l'échantillon), les « contestataires » (32%), les « conformistes » (17%) et les « désenchantés » (29%). Quatre groupes que Viavoice caractérise « en fonction de leur sentiment d'être ou non inclus dans la société, et de l'intérêt qu'ils portent ou non à la politique. » Sauf à être mal-comprenant, on peut s’économiser la lecture du reste de l’article puisque les « pro-système » recouvrent « la catégorie la mieux insérée socialement … constituée de jeunes ayant déjà un emploi ou qui pensent qu'ils n'auront pas trop de difficulté à en décrocher un. » Ils voteront majoritairement pour Nicolas Sarkozy et ont « un petit faible pour François Bayrou ».

Parions que chacun aura compris que les « contestataires » sont « en rupture avec une société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas » « Nombre d'entre eux sont encore étudiants ou en recherche d'emploi. Ils sont révoltés, mais ne baissent pas les bras. Ils croient dans l'engagement politique et pensent que les mouvements sociaux, qu'il s'agisse des grèves, des engagements associatifs ou des mouvements comme celui des Indignés, peuvent faire bouger les choses. Ils ne veulent surtout pas voir Sarkozy réélu… A sa place, ils verraient bien Hollande ou Mélenchon… »

Restent, mais oui, les « conformistes » et les « désenchantés ». Les premiers « se désintéressent de la politique » tout en se piquant un peu d’environnement et « politiquement, c’est bof » : « 37% n'en ont rien à cirer » (remarquons la congruence sémantique de l’auteur avec son public d’jeuns), même si Hollande tire un peu mieux son épingle du jeu que Sarkozy. Les seconds « se sentent rejetés par la société… Pour eux, l'école est un échec, le chômage est une menace concrète et l'Europe est menacée. Ils ont la conviction bien ancrée qu'ils vivront moins bien que leurs parents. » Ils rejettent Sarkozy  et « Hollande ne suscite pas l'enthousiasme ».

Frustré par ce sondage – mais, après tout, la frustration est le moteur de l’intelligence – je suis allé sur le site du « Big Bang des politiques jeunesses » dont voici le début du Manifeste.

 

Pour un Big-Bang des Politiques Jeunesse ! 

Ouvrons les possibles, Créons les conditions de l’émancipation.

Depuis plusieurs mois, enquêtes d’opinions, sondages, déclarations, rapports, ouvrages et propositions sur la jeunesse se multiplient. Ce thème semble devoir être une des priorités des partis politiques et des candidats dans la perspective des futures échéances électorales. Toutefois les propositions connues à ce jour restent dans le prolongement des interventions conduites depuis près de 35 ans, qui ont fait la preuve de leur incapacité à répondre aux défis de la jeunesse. L’enjeu est donc d’importance pour la société française et justifie un débat approfondi qui aille au-delà du simple affrontement électoral, programme contre programme. C’est à ce débat que souhaitent contribuer les organisations de jeunes, les mouvements d’éducation populaire, les associations d’insertion et d’action sociale, les missions locales etc. réunis au sein de la plateforme « Pour un Big-Bang des politiques jeunesse ». La diversité de nos missions et de nos actions, la multiplicité des champs que nous couvrons, le nombre de jeunes que nous rassemblons et accompagnons, nous mettent dans une situation privilégiée pour prendre la mesure des enjeux et proposer une nouvelle voie.

Le reste est accessible sur http://www.bigbangjeunesse.net/une-proposition-etayee-et-innovante/  A ce jour, seules 753 signatures individuelles sont recensées. ! S’y ajoutent 57 organisations nationales et 14 organisations régionales et locales dont, ouf, l’UNML et une Association régionale de missions locales, celle de Rhône-Alpes. On peut se demander pourquoi les autres associations régionales ne prennent pas le temps de signer ce manifeste, comme d’ailleurs les partenaires sociaux (la CFDT est signataire mais le SYNAMI pourrait l’être), les organisations professionnelles (ANDML, APAR)… et les 11 000 professionnels du réseau. Car, plutôt que d’être parasité par des sondages dont la banalité des constats le dispute aux contradictions (une jeunesse « éclatée en groupes sociaux » puis ré-agrégée en types d’une originalité affligeante), la lecture d’un manifeste où apparaît dès les premiers mots la notion, oubliée, d’émancipation devrait rencontrer la professionnalité des enfants de l’éducation populaire que sont les intervenants sociaux.

C’est dit.

 

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P. LABBEJuste une précision… J'ai écrit que le SYNAMI, les partenaires sociaux, les associations régionales, l'ANDML pourraient très bien signer ce manifeste. Il faut préciser qu'individuellement des acteurs majeurs du SYNAMI l'ont signé (Serge Papp…) et que l'ANDML a apporté sa pierre à l'édifice pour la rédaction de ce texte. Raisons de plus pour que les signatures de ces organisations apparaissent… et qu'elles invitent leurs adhérents à signer…

 

JLJustement, puisqu'on en vient à parler du réseau, une intervention de Jean-Patrick Gille (UNML) et Gilles Pargneaux (Anacej), à propos du Manifeste :

Transformons les politiques jeunesse

La Gazette des Communes du 14/03/2012

http://www.lagazettedescommunes.com/105088/transformons-les-politiques-jeunesse/

 

Serge PAPP (Synami-CFDT)  Bonjour à vous,

Je trouve également que ce texte est important, il fédère sur des fondamentaux que nous défendons depuis longtemps et des perspectives indispensables que nous soutenons (et auxquelles nous essayons d'oeuvrer modestement avec nos moyens). Il est réjouissant d'y voir tant d'organisations s'y rallier, il est assez décevant -provisoirement- de voir aussi peu de signature individuelle. J'ai effectivement signé ce texte en mon nom personnel, je ne voyais pas l'intérêt de le faire au nom du Synami vu que la confédération est signataire, ce qui engage les 1 100 et des brouettes syndicats CFDT existant (faut-il qu'ils signent tous en tant qu'organisation, j'ai peur que cela ressemble alors à un organigramme de la CFDT). L'enjeu serait maintenant me semble-t-il d'avoir une véritable appropriation et un fort soutien citoyen (et de professionnels). On va essayer (là c'est au nom du Synami) d'en remmetre aussi une couche.

 

Serge PAPP (Synami-CFDT) (19/03/2012) - Seul les imbéciles ne changeant pas d'avis, et sous l'amicale pression de vos remarques et celles d'autres, le Synami-CFDT a signé comme 58ème organisation (ça fait très "58ème Etat adhérent à l'Union") le Big-Bang jeunesses. Ca, c'est fait.

 

P. LABBE (19/03/2012) - Bravo Serge ! Comme quoi, malgré les apparences, tu n'es finalement pas si obtus que cela :=) Plaisanterie mise à part, comment "booster" cette pétition ?

 

Pioupiou44 (Denis) (20/03/2012) - On pourrait dire que les Missions Locales croient à la réflexion de ce Big Bang et mettent en avant cette initiative sur leurs sites internet, organisent des débats avec les jeunes...

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denis pioupiou44 20/03/2012 20:33

On pourrait dire que les Missions Locales croient à la réflexion de ce Big Bang et mettent en avant cette initiative sur leurs sites internet, organisent des débats avec les jeunes...

Labbé 19/03/2012 21:59

Bravo Serge! Comme quoi, malgré les apparences, tu n'es finalement pas si obtus que cela :=) Plaisanterie mise à part, comment "booster" cette pétition ?

Serge Papp (Synami-CFDT) 19/03/2012 17:05

Seul les imbéciles ne changeant pas d'avis, et sous l'amicale pression de vos remarques et celles d'autres, le Synami-CFDT a signé comme 58ème organisation (ca fait très "58ème Etat adhérent à
l'Union")le Big-Bang jeunesses. Ca, c'est fait.

Serge Papp 15/03/2012 08:00

Bonjour à vous,

Je trouve également que ce texte est important, il fédère sur des fondamentaux que nous défendons depuis longtemps et des perspectives indispensables que nous soutenons (et auxquelles nous essayons
d'oeuvrer modestement avec nos moyens). Il est réjouissant d'y voir tant d'organisations s'y rallier, il est assez décevant -provisoirement- de voir aussi peu de signature individuelle. J'ai
effectivement signé ce texte en mon nom personnel, je ne voyais pas l'intérêt de le faire au nom du Synami vu que la confédération est signataire, ce qui engage les 1 100 et des brouettes syndicats
CFDT existant(faut-il qu'ils signent tous en tant qu'organisation, j'ai peur que cela ressemble alors à un organigramme de la CFDT). L'enjeu serait maintenant me semble-t-il d'avoir une véritable
appropriation et un fort soutien citoyen (et de professionnels). On va essayer (là c'est au nom du Synami)d'en remmetre aussi une couche.

Jérôme 15/03/2012 06:50

Justement, puisqu'on en vient à parler du réseau, une intervention de Jean-Patrick Gille (UNML) et Gilles Pargneaux (Anacej, à propos du Manifeste :

Transformons les politiques jeunesse – La Gazette des Communes du 14/03/2012
http://www.lagazettedescommunes.com/105088/transformons-les-politiques-jeunesse/

Labbé 14/03/2012 18:24

Juste une précision… J'ai écrit que le SYNAMI, les partenaires sociaux, les associations régionales, l'ANDML pourraient très bien signer ce manifeste. Il faut préciser qu'individuellement des
acteurs majeurs du SYNAMI l'ont signé (Serge Papp…) et que l'ANDML a apporté sa pierre à l'édifice pour la rédaction de ce texte. Raisons de plus pour que les signatures de ces organisations
apparaissent… et qu'elles invitent leurs adhérents à signer…